INTERVIEW. Entre combat local et conquêtes électorales, Hélène Laporte veut rendre le RN incontournable sur le territoire

Députée de la deuxième circonscription de Lot-et-Garonne et troisième vice-présidente du Rassemblement national, Hélène Laporte a accordé un entretien à la rédaction de Quidam l'Actu pour aborder plusieurs sujets locaux sur lesquels elle a travaillé à l'Assemblée nationale ainsi que sa vision stratégique pour les futures échéances électorales.

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Quidam l’Actu : L’un des sujets les plus brûlants de l’année 2026, et même des précédentes, en Lot-et-Garonne est la situation des agriculteurs. Vous faisiez partie de la commission mixte paritaire, comprenant 7 députés et 7 sénateurs, chargée d’élaborer un texte commun sur le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Vous étiez donc au cœur de la machine. Comment cela s’est-il déroulé ?

Hélène Laporte : C’est un processus très différent de ce qui se passe en séance publique. On n’assiste pas du tout aux mêmes débordements. Les différents groupes parlementaires étaient représentés en fonction de leur poids politique. Peut-être que la balance globale plus à droite a aidé. Quoi qu’il en soit, tout le monde était dans une démarche de consensus. Le but était d’arriver à trouver un texte qui puisse convenir aux deux chambres. On était dans quelque chose de constructif.

Quidam l’Actu : Après le rejet par le Conseil constitutionnel d’une partie de la loi Duplomb initiale, il fallait poser un cadrage encore plus précis sur certains points comme l’encadrement de l’utilisation de produits phytosanitaires dont l’acétamipride…

Hélène Laporte : Pour l’anecdote, mon groupe avait été le premier à l’époque à poser des éléments de cadrage précis qui avaient alors été considérés comme irrecevable. On voit finalement que c’est ce à quoi on aboutit à la fin. Reste le verrou de l’Anses (ndlr, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui doit se positionner.

Quidam l’Actu : Que pensez-vous finalement de cette loi d’urgence agricole votée ?

Hélène Laporte : Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas un texte miracle. Il y a des avancées concrètes mais il ne restera pas en l’état. Pour avoir mieux, il faudra qu’il y ait une majorité cohérente et stable à l’Assemblée nationale, ce dont nous manquons actuellement. Ce débat agricole dans son ensemble, et cela inclut des dossiers comme celui du lac de Caussade, est à l’image des fractures politiques du moment. Les visions divergent très nettement entre la gauche et la droite. Et puisque tout est sujet à polémique dans notre hémicycle, avancer pour le bien commun demeure compliqué.

Quidam l’Actu : Vous faites partie du bureau exécutif, c’est-à-dire l’état-major du Rassemblement national. Le parti est focalisé sur les prochaines échéances nationales. Comment conciliez-vous cela avec l’action locale ?

Hélène Laporte : Mon engagement politique repose sur la volonté de faire avancer mon territoire. Je tente systématiquement de faire en sorte que le Lot-et-Garonne ait voix au chapitre. Et cela passe par une présence constante sur le terrain. Je reçois énormément à ma permanence. Mes échanges très réguliers avec la gendarmerie, les pompiers ou l’hôpital me permettent de porter avec beaucoup de force à Paris les sujets de l’insécurité et de la santé dans le monde rural. C’est comme ça pour de nombreux sujets : le manque d’AESH dans nos écoles pour proposer une vraie école inclusive, la fin des droits de douane pour le pruneau américain…

Quidam l’Actu : Malgré l’étendue de l’électorat RN, on sent toujours qu’il existe un « cordon sanitaire » avec la plupart des autres familles politiques. Les appels au barrage et les retraits de certains candidats adverses lors des législatives de 2024 le prouvent. Comment le vivez-vous ? 

Hélène Laporte : C’est regrettable car, de mon côté, je n’ai jamais eu aucun problème à voter ou à soutenir les propositions que je juge aller dans le bon sens, d’où qu’elles viennent. Ce n’est malheureusement pas réciproque. Notre texte en faveur d’un étiquetage bien plus précis des produits alimentaires est une mesure qu’attendent les Français. Même la gauche réclame cette transparence. Mais parce que ça vient du RN, cette même gauche et une partie du centre ont voté contre. Selon moi, c’est oublier sa fonction d’élu. Pour ce qui est des barrages, je sais que beaucoup ne se sont pas faits pour des convictions idéologiques mais pour sauver des sièges. Soit. Ce fameux cordon sanitaire est très hypocrite. Malgré cela, je note de très grandes avancées. La percée du Rassemblement national au Sénat est significative puisqu’elle s’appuie sur les grands électeurs qui ne nous ont pas toujours soutenus.

Quidam l’Actu : Et au niveau local, comment parvenez-vous à travailler avec les élus qui ne sont pas de votre parti ou de votre sensibilité ? 

Hélène Laporte : Je travaille en étroite collaboration avec de très nombreux maires sur ma circonscription. C’est là qu’on mesure les bénéfices d’être sur le terrain, dans une logique constructive pour nos habitants. Les échanges se font aussi régulièrement avec mes collègues parlementaires. On a signé des courriers communs pour la chasse, suite aux inondations ou encore pour les urgences. On est aussi en adéquation sur la noisette. C’est positif. On reste néanmoins en retard par rapport à d’autres territoires quand je vois les porosités et les alliances qui s’établissent dans le nord ou le sud-est de la France.  

Quidam l’Actu : Comment abordez-vous les élections qui vont se succéder ?

Hélène Laporte : Le premier objectif est de tout mettre en œuvre pour que Marine Le Pen devienne présidente. Étant membre de la commission nationale d’investiture du parti, je prépare aussi très activement les législatives depuis plusieurs mois. J’étudie toutes les candidatures partout en France.

Quidam l’Actu : Au-delà de votre cas personnel sur le Marmandais, comment cela se présente dans les autres circonscriptions du Lot-et-Garonne ?

Hélène Laporte : Sébastien Delbosq fait un travail remarquable sur l’Agenais. La dynamique est bien en place. Il y a un enjeu sur le Villeneuvois avec plusieurs profils intéressants.

Quidam l’Actu : Geoffroy Gary et Dorian Lajunie par exemple ?

Hélène Laporte : Oui, entre autres. Tout cela va s’affiner dans les prochains mois.

Quidam l’Actu : Qu’en est-il de la suite ? On peut penser aux Départementales…

Hélène Laporte : Ce que l’on peut déjà affirmer, c’est qu’il y aura des binômes dans tous les cantons aux départementales. Nous n’étions pas si loin la dernière fois. Nous n’en avions pas remporté mais ce sera sûrement différent ce coup-ci. On ne part pas d’une page blanche. Nos scores électoraux continuent de progresser, on a des élus municipaux plus nombreux, notre ancrage devient fort dans les préfecture et sous-préfectures… Les dernières municipales nous ont vu franchir un grand cap. Le Sénat est un autre signal fort, d’où nos espoirs. Tous les candidats qui seront sélectionnés partageront notre philosophie, à savoir être continuellement présents sur le terrain, ne pas se heurter à la première difficulté venue et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour l’emporter démocratiquement et représenter la population. On sait tous que pour être élu, il faut faire campagne, accepter que ça prenne du temps et devoir mettre des choses de côté. Quant au choix du bon leader pour mener cette équipe, on se penche déjà dessus.

Quidam l’Actu : Pensez-vous que la succession présidentielle-législatives influencera beaucoup les résultats dans les territoires ? 

Hélène Laporte : Tout sera très lié. Il y aura des dynamiques à l’œuvre. C’est d’ailleurs déjà le cas comme je l’ai dit précédemment. Je n’aurais jamais la prétention de dire que l’on gagnera ici ou là avant le verdict des urnes. C’est à nous d’initier ce mouvement en y mettant toutes nos forces.

Quidam l’Actu : À chaque scrutin, quelle que soit sa nature, vous arborez fièrement la bannière RN alors que la tendance aujourd’hui est plus souvent à l’effacement des partis, aux équipes ouvertes. Comment justifiez-vous cette stratégie ?

Hélène Laporte : Tout d’abord, le Rassemblement national n’est pas un parti cloisonné. On s’ouvre à tous les patriotes d’où qu’ils viennent. Le rapprochement avec l’UDR d’Éric Ciotti en est un exemple. On en appelle aussi à de nombreux LR qui partagent nos valeurs. Ensuite, si nous n’avons aucun problème à brandir l’étiquette RN, c’est parce que nous n’avons pas l’héritage calamiteux des autres partis. C’est parce que nous sommes sur le terrain sans commettre l’erreur d’anciennes formations sur le déclin, à savoir de vivre sur la capitalisation du passé. Après, dans des élections comme les municipales dans les villages ruraux, il faut savoir rassembler bien au-delà du parti pour faire avancer les choses. Nous en avons conscience.

Note de la rédaction //

Notre journal étant focalisé sur l’information locale, nous n’avons volontairement pas abordé certaines polémiques nationales comme l’affaire qui entoure actuellement Jordan Bardella, sujet déjà très largement relayé par tous les médias nationaux.

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