
Dans la salle du conseil municipal d’Agen, lundi soir, l’atmosphère n’avait rien d’ordinaire. À mesure que l’échéance électorale approche, chaque prise de parole est scrutée, chaque silence interprété. Pour cette ultime séance de la mandature 2020-2026, les regards étaient braqués sur deux hommes : le maire sortant, Jean Dionis du Séjour, et le chef de file de l’opposition, Laurent Bruneau. Dans le public, quelques soutiens des différentes listes, dont celle portée par Sébastien Delbosq, observaient attentivement les échanges. Beaucoup s’attendaient à un affrontement frontal. Il n’aura pas eu lieu, du moins pas dans la forme classique du débat contradictoire.
Eviter le piège

Peu avant l’ouverture de la séance, Laurent Bruneau avait d’ailleurs donné le ton. Face à la presse, il a expliqué que son groupe ne souhaitait pas transformer ce conseil en « arène électorale ». « Nous sommes ici en tant qu’élus, pas en tant que candidats », a-t-il déclaré. Selon lui, les conditions d’un débat équilibré n’étaient pas réunies : « Quand celui qui conduit la séance fixe l’ordre du jour, distribue la parole et peut y mettre fin, il est difficile de parler d’égalité des armes. »

Le groupe d’opposition affirme avoir été informé par des élus de la majorité que le maire entendait faire de cette séance une tribune politique. « On nous a dit que “ça allait saigner”, que le maire voulait quelque chose d’explosif », avance Laurent Bruneau. L’opposition a donc opté pour ce qu’elle qualifie de « résistance passive ». Sur plusieurs délibérations jugées trop proches des engagements de campagne du maire sortant, les élus de gauche ont choisi de ne pas prendre part au vote, dénonçant un calendrier qu’ils estiment orienté.
La majorité déroule son bilan financier
Face à ce silence, la majorité a occupé le terrain lundi soir. L’adjoint aux finances, Mohamed Fellah, a détaillé un compte financier qu’il a présenté comme « solide et maîtrisé ». Les indicateurs avancés : un taux d’épargne brute de 13 %, une capacité de désendettement ramenée à six années, près de 20 millions d’euros investis sur la période, ainsi que des taux d’imposition communaux maintenus. « Nous avons tenu le cap malgré les crises successives », a insisté le maire, citant la pandémie et les répercussions internationales sur les coûts de l’énergie. « La ville a continué d’investir sans alourdir la pression fiscale. C’est un choix politique clair. »
Des flèches sans véritable riposte
L’absence de confrontation directe n’a pas empêché les piques. Le maire sortant a qualifié l’attitude adverse de « repli stratégique révélateur, un aveu de faiblesse », estimant qu’un conseil municipal est, par nature, un lieu de débat. Dans les rangs de la majorité, certains n’ont pas ménagé leurs critiques envers le programme de l’opposition, se passant successivement la parole pour appuyer leurs attaques. « On ne peut pas promettre plus de services et moins de recettes sans expliquer l’équation financière », glisse un élu, estimant que « la cohérence budgétaire est le nerf de la guerre municipale ». « Les Agenais méritent d’entendre les propositions confrontées à la réalité des chiffres », a-t-il lancé en fin de séance.
De son côté, Laurent Bruneau campe sur sa ligne : « Le débat aura lieu devant les électeurs, pas dans une mise en scène institutionnelle. » Une position appuyée par son colistier Pierre Dupont : « Les conditions ne sont pas réunies pour un débat parce que vous ne le voulez pas. Il suffit de voir la manière dont vous nous parlez depuis un an. » Reprochée par l’adjoint à l’urbanisme Jean Pinasseau d’avoir été « atone » depuis le début du mandat, au point d’être « confondue avec l’aile gauche de la majorité », l’opposition revendique au contraire une action « constante sur les dossiers structurants », citant la défense de certains services publics et plusieurs mobilisations locales.
Au-delà des chiffres et des passes d’armes verbales, cette séance aura surtout illustré l’état des forces à l’approche du premier tour. Chacun affine sa stratégie, entre démonstration de gestion pour la majorité et posture de responsabilité institutionnelle pour l’opposition.





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