INSPE : Le temple de la pédagogie

Sur le campus Michel-Serres à Agen se trouve l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation qui forme notamment les professeurs des écoles mais pas seulement.

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On lui a donné beaucoup de noms : école normale, IUFM, ESPE et maintenant INSPE. S’il est parfois difficile de s’y retrouver dans toutes ces appellations, l’objectif reste le même. Former les futurs professeurs des écoles, une mission noble et ô combien essentielle pour l’avenir de nos enfants. L’institut national supérieur du pro- fessorat et de l’éducation dispense sur deux ans une formation de niveau master (bac +4 et bac +5). Le diplôme, baptisé MEEF, permet, dans le cas agenais, de travailler dans les établissements du premier degré, c’est-à-dire les écoles maternelles et élémentaires. Il est également possible de se tourner vers l’enseignement adapté avec les classes SEGPA et dans les établissements EREA. Cette filière peut également déboucher sur une évolution professionnelle vers le corps des inspecteurs de l’Education nationale.

L’établissement lot-et-garonnais recense cette année 141 étudiants. « Ils sont encadrés par de futurs confrères, par des enseignants du second degré, un prof agrégé et un enseignant chercheur, énumère la responsable administrative et financière, Sara Di Santo Prada. Nous sommes très attentifs à chaque cas, de manière à accompagner tout le monde vers la réussite. Ce soutien ne s’arrête pas à l’obtention du diplôme. On est sur le concept de formation tout au long de la vie. » Tous les types de profil sont acceptés, à condition d’avoir une licence, et d’afficher une motivation suffisante pour ce métier « à vocation ».

TÉMOIGNAGE //

Sarah Dubrel., étudiante en Master 2 MEEF Premier degré, présidente de l’association des élèves de l’INSPE

Quidam l’Hebdo : A quand remonte cette vocation et comment avez-vous structuré votre parcours étudiant ?

Sarah Dubrel : Dès mon arrivée au lycée, je savais que je voulais devenir prof, bien qu’il n’y en ait pas dans ma famille. Je me suis tournée vers un bacscientifique et j’ai ensuite intégré STAPS. Il faut savoir que pour entrer à l’INSPE, on peut faire la licence de son choix. Il n’y a pas un parcours unique à suivre. J’ai donc choisi une filière qui me plaisait et pas dénuée d’atouts. En effet, dès la deuxième année de STAPS, on peut choisir l’option éducation et motricité qui donne de bonnes bases pour le professorat des écoles. Pour autant, je ne crois pas qu’il soit indispensable d’avoir la vocation très tôt. Plusieurs de mescamarades n’ont décidé de suivre cette voie qu’à la sortie de la licence.

Q. H. : Quelles sont les qualités qui vous ont per- mis d’intégrer ce cursus et de vous y épanouir ?

S. D. : Je pense que mon profil scolaire assez polyvalent, avec de bonnes notes dans la plupart des matières, m’a aidée. L’INSPE est une formation pluridisciplinaire, il faut pouvoir toucher un peu à tout, être capable de combler ses lacunes, sans nécessairement être brillant dans un domaine en particulier. Et c’est justement ce qui me plaît dans ce métier, on évite la routine et l’ennui.

Q. H. : Comment s’articule la formation ?

S. D. : On travaille bien évidemment sur les matières fondamentales que l’on va enseigner, comme les maths, le français et l’EPS. On a aussi des « options » à répartir sur les deux années : arts, sciences, histoire-géo… A côté de ça, on nous apprend aussi la pédagogie et la didactique, comment préparer les cours, etc.
Enfin, on a bien évidemment des stages. Suite à une réforme de la formation, le concours ne se passe plus à la fin du M1 mais du M2. En première année, rien ne change. On est généralement envoyés par binôme dans une classe avec un titulaire qui nous laisse intervenir sur certaines séances avant un débriefing. En seconde année, il existe désormais deux possibilités. On passe chaque lundi sur le terrain, en classe. La plupart sont sous la supervision de l’enseignant. Quelques autres sont sélectionnés pour prendre la décharge d’un directeur ou d’une directrice. Et dans ce cas, on est seul face aux élèves toute la journée.

Q. H. : Comment se passe la vie de groupe avec les autres étudiants ?

S. D. : Contrairement à ce que l’on pourrait penser pour une formation qui s’achève avec un concours, il n’y a pas du tout de compétition. Chaque promotion est répartie en trois groupes et il y règne un vrai esprit d’entraide. On fait des révisions ensemble, on partage nos expériences, nos idées, nos lectures… C’est très encourageant.

Q. H. : Que va-t-il se passer ensuite ?

S. D. : A l’issue du M2, il reste encore une année de « stagiaire » avant d’être titularisé. Cela permet de faire ses premiers pas dans le métier avant d’être totalement lâché. Notre génération d’enseignant devra faire face à une situation particulière. Dans certaines classes, le niveau est très bas et les problèmes decomportement compliquent la chose. Mais c’est aus- si un défi intéressant à relever. En partant des programmes et des attendus de fin de cycle, on peut adapter les contenus et c’est stimulant de trouver des approches différentes pour intéresser les élèves.

Devenir expert en développement durable

Le master MEEF ne prépare pas uniquement au professorat des écoles. Il peut également mener à ce que l’on appelle « l’ingénierie de la formation » et ainsi permettre de travailler pour le compte des collectivités, des entreprises, des syndicats mixtes ou des associations. Au sein de l’INSPE d’Agen, cette « mention » est encadrée par Denis Dessagne et Vincent Robin, qui ont la particularité d’être des experts en développement durable. Il y a une dizaine d’années, ils avaient innové en proposant cette thématique qui s’avère aujourd’hui être plus que dans l’air du temps (politique RSE, éco-conception, gestion des déchets, économies d’énergies...). Après une année de pause pour repenser le contenu de la formation, quasi unique en France, ils s’apprêtent à revenir dès la rentrée prochaine avec une promotion d’une vingtaine d’étudiants. « L’enseignement proposé ici amène une vision globale du développement durable selon les critères des Nations Unies. Il y a des cours spécifiques comme par exemple la production responsable ou encore l’adaptation aux changements climatiques. Mais on apprend surtout aux étudiants à chercher l’information par eux-mêmes pour actualiser leurs connaissances et à fonctionner en mode gestion de projet. Pendant le master, les jeunes travaillent de manière concrète avec des partenaires locaux, comme ValOrizon ou le Cluster Eau et Climat. On leur doit par exemple la mise en place de la déclinaison junior de la Cop 47 », détaille le duo. Il s’agit d’un master professionnalisant avec des stages longs (4 à 6 mois). Le taux d’insertion à la sortie est excellent (90 à 95% après un an), sachant qu’une partie poursuit en thèse. Le parcours scientifique n’est pas obligatoire pour intégrer cette formation. Certains élèves viennent des sciences humaines, d’autres sont en reprise d’études. Des étrangers (USA, Serbie, Belgique, Allemagne, Centrafrique) sont même séduits par la qualité et la rareté de cette mention.

Les atouts d’un vrai campus… sans les inconvénients

L’INSPE d’Agen s’inscrit au sein du campus Michel-Serres qui abrite d’autres établissements universitaires : les IUT Gaco et Qlio ainsi que le DUSA (Département des sciences). Le site universitaire d’Agen est également composé du campus du Pin où se trouvent l’institut de droit et d’économie, l’institut de langues et la PASS pour les études de santé. Au total, cela représente près de 1600 étudiants à ce jour, soit une augmentation de 20% en cinq ans seulement. A ce titre, Agen bénéficie d’équipements importants : deux bibliothèques universitaires, un restaurant CROUS au Pin, un CROUS Market sur le campus Michel-Serres. Un partenariat a également été établi avec l’Enap pour la restauration, sachant que les boursiers peuvent bénéficier des repas à un euro. Si la pandémie complique les choses, de nombreuses actions sont organisées, avec la participation des collectivités territoriales et des Missions locales, pour animer la communauté étudiante. Néanmoins, les promotions à taille humaine permettent un suivi plus individualisé que sur les grands campus. Et le coût de la vie est bien inférieur à celui des métropoles bordelaise ou toulousaine.

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