Une inflation mais pas de risque de pénurie de céréales

La coopérative Terres du Sud a tenu à Penne d’Agenais, une conférence de presse pour rassurer les consommateurs sur la culture céréalière. S’il n’y a pas de crainte de pénurie, la montée des prix pourrait n’être qu’à son commencement.

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Si certains de nos rayons de magasins sont cruellement vides depuis quelques semaines, notamment du côté de certaines huiles, les consommateurs français n’ont rien à craindre d’une éventuelle pénurie de céréales. La coopérative Terres du Sud a tenu la semaine dernière une conférence de presse au pied d’un de ses silos à Penne d’Agenais, afin d’expliquer et de rassurer sur la situation que nous vivons. « L’Ukraine est un gros pays exportateur mais la France aussi. Nous exportons près de 50% de notre production ce qui fait que les Français n’ont pas à se soucier du manque de blé. Etant excédentaires, nous serons en mesure de moins vendre à l’étranger pour ne pas mettre en rupture nos clients locaux. L’autosuffisance est la grande force d’une coopérative comme Terres du Sud », explique Cécile Chabanis, directrice des activités céréales pour le groupe basé à Clairac. Même constat sur le tournesol où « tout le monde a augmenté la surface d’exploitation, y compris en Europe. » S’il y a moins d’huile dans nos rayons, c’est que l’Ukraine était l’un des principaux transformateurs. « Nos usines ont besoin de temps pour triturer mais on n’arrivera pas à remplacer les Ukrainiens. La pénurie peut encore durer jusqu’à la récolte, fin août. On estime que la situation devrait nettement s’améliorer au dernier trimestre. » Du côté des récoltes, d’autres importants producteurs comme l’Inde n’ont pas pris le relais de l’Ukraine en exportation, ce qui explique la tension au niveau mondial sur les prix des céréales. Les pays importateurs pourraient être très vite en difficulté.

80% d’inflation des céréales en 6 mois

Néanmoins, cette situation ne justifie pas – encore – la hausse des prix que nous connaissons. « Le consommateur ne voit pas les prix les plus élevés car le blé utilisé actuellement est celui recolté l’été dernier et dont le tarif a été fixé à ce moment là, à hauteur de 180 € l’hectare », justifie Julien Laurent, vice-président en charge de la branche végétale et lui-même cultivateur à Trentels. « L’augmentation actuelle s’explique simplement par la hausse des salaires et du coût de l’énergie. L’inflation liée à la matière première n’arrivera qu’à la rentrée. On estime qu’elle devrait être à hauteur de 100%, nous en sommes déjà à 80% en 6 mois alors que l’inflation générale n’est qu’à 5-6%. Il paraît évident que le budget consacré à l’alimentation va devoir se rééquilibrer car il faut également penser à la production animale qui dépend énormément des céréales afin de nourrir la volaille, le porc ou les vaches pour le lait. L’impact est direct. » Pas de pénurie, donc, mais le pire reste devant nous du côté des prix même si Terres du Sud tient à rassurer sur son rôle de coopérative. « Nous ne sommes pas spéculateurs, assure Cécile Chabanis. Il faut vendre au prix du marché durant la campagne. On sécurise nos filières, bien sûr, mais nous continuons d’acheter au prix. La coopérative a fait des réserves financières pour aider nos filières si besoin. On va notamment soutenir les éleveurs pour les aider à lisser la hausse du prix des céréales sur douze mois au lieu de trois. » Autre sujet de préoccupation pour les mois et années à venir, le réchauffement climatique. Les chaleurs précoces du mois de mai vont pénaliser les rendements. « On doit se poser la question de la souveraineté alimentaire, il va devenir de plus en plus compliqué de produire sur nos terres. L’Espagne n’en est déjà plus capable, alerte Julien Laurent. Les privés font de la recherche pour le marché américain alors qu’en France, il n’y a plus de recherche publique pour accompagner cette transition. » Un épineux sujet dont devra se saisir la nouvelle Assemblée nationale, fraîchement élue…

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