Insécurité : un ressenti à l’épreuve des chiffres

C’est un fait de délinquance majeur qui a eu lieu ce week-end en Lot-et-Garonne. A Villeneuve-sur-Lot, une voiture de la police nationale était percutée, au terme d’une course poursuite, par quatre adolescents à bord d’une voiture volée. Si le sentiment d’insécurité semble croître chez les Lot-et-Garonnais,le bilan chiffré est plus nuancé. A Agen, la délinquance générale est en baisse mais les faits de violence augmentent.

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La jeunesse délinquante est-elle prête à tout ? C’est la question qui est posée depuis quelques jours. Dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 octobre, un refus d’obtempérer était constaté à Villeneuve-sur-Lot. Le second en moins d’un mois. La première fois, les policiers avaient dégainé leur arme sans parvenir à arrêter le fuyard. Ce weekend, quatre adolescents à bord d’une voiture volée venaient percuter de plein fouet un véhicule de la police nationale qui leur faisait barrage. Dans le premier cas, le nouveau responsable du commissariat de police villeneuvois, le commandant Dominique Bolusset, a annoncé qu’il allait « avoir très vite un retour d’expérience pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et voir si cela aurait pu être géré autrement. » La seconde affaire est désormais entre les mains de la justice. Cette dernière a secoué les responsables politiques, nombreux à s’exprimer, aussi bien au niveau local que national. Guillaume Lepers, maire de Villeneuve-surLot a notamment rappelé sa « confiance au nouveau procureur de la République, ainsi qu’au nouveau chef de circonscription de la police nationale pour maintenir un climat de sérénité à Villeneuve-sur-Lot. Ils savent pouvoir compter sur la police municipale pour les y aider. Je remercie d’ailleurs notre brigade de nuit et notre Centre de surveillance urbaine pour leur participation efficace à cette intervention difficile. » Avant cet épisode, le nouveau commandant villeneuvois tenait toutefois à relativiser en prenant pour comparaison son précédent poste à Sens, commune bourguignonne de 27 000 habitants, à une centaine de kilomètres de Paris. « En 2021, 3 000 faits y ont été enregistrés, contre 1 600 à Villeneuve-sur-Lot. Parmi eux, de graves faits de violences urbaines qui n’existent pas ici. »

Délinquance générale en baisse

Du côté d’Agen, c’est une agression de deux personnes à l’arme blanche, en début de semaine dernière du côté du quartier Montanou, qui a défrayé la chronique. « Je pense qu’il ne faut pas être balloté au gré de ce que peut être l’actualité immédiate, commente Jean Dionis, maire d’Agen. Ce que je vois, c’est que les faits de délinquance générale sont en baisse sur notre commune. Depuis le début d’année, nous avons constaté 1 664 faits. En prenant la même période sur 2019, dernière année avant le Covid, ce chiffre était de 1 935. On constate donc une régression de 14%. » Si le premier édile refuse d’évoquer une « explosion » de la délinquance, il maintient tout de même que la lutte pour la sécurité « reste une priorité. Les vols sans violence aux particuliers mais aussi aux entreprises, sont en recul. C’est également le cas de la destruction ou la dégradation de biens matériels. Malgré tout, je peux parfaitement comprendre la violence que l’on ressent après avoir subi un cambriolage. » Néanmoins, l’élu ne peut occulter les différents cas d’agression qui ont eu lieu en ville depuis le début d’année. « Il y a une augmentation sur les coups et blessures volontaires, analyse-t-il. Nous en avons constaté 235 depuis janvier contre 194 en 2019, sur la même période. J’admets que c’est inquiétant. Dès qu’il y a des faits graves, ça met légitimement la ville en émoi. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu des assassinats et des meurtres. Malheureusement, dans une ville de 33 000 habitants, il risque d’y en avoir d’autres. Bien sûr qu’il y a une réalité mouvante et des chiffres qui se tendent. Cela nous oblige à beaucoup de rigueur. »

La police municipale renforcée

Si plusieurs cas d’agression ont eu lieu en cœur de ville cet été, Jean Dionis considère que « les lieux de friction sont toujours les mêmes. Il y a notamment le monde de la nuit mais aussi le quartier du Pin, autour de l’avenue Henri-Barbusse et du McDonald’s. On va essayer d’accroitre la présence policière sur ces endroits. Quatre postes ont d’ailleurs été créés cette année. Nous comptons désormais 27 agents. C’est une grosse police municipale avec une véritable stratégie. Je n’oublie pas non plus le déploiement d’une petite centaine de caméras de vidéo surveillance mais aussi une bonne collaboration avec la police nationale. Nous avons des outils à la hauteur de ce que doit être la ville d’Agen. » Un sujet de plus en plus prégnant dans la politique municipale même si la sécurité des biens et des personnes concerne en premier lieu les services de l’Etat. « La première vocation d’une police municipale, c’est de faire appliquer les arrêtés municipaux, rappelle Jean Dionis. Ce n’est que par extension qu’elle prête main forte à la police nationale. A titre personnel, je suis dans la boucle à la mairie depuis une trentaine d’années. Je peux vous affimer que l’exigence en termes de sécurité, de la part des administrés, est tout aussi forte depuis tout ce temps. La thèse de la société plus violente n’est corroborée par aucune réalité objective. Il n’y a qu’à regarder le nombre d’homicides qui a considérablement baissé depuis 1950. » La délinquance est peut-être simplement plus visible, à l’image des rodéos urbains. C’est un phénomène qui est en augmentation dans les quartiers périphériques de la ville comme Montanou ou la Masse mais aussi dans le centre. C’est par exemple pour cela que nous avons piétonnisé les Cornières à certaines heures. Ce fléau était insupportable pour les riverains et les passants. Malgré tout, je pense que ça reste marginal dans la délinquance agenaise. Elle est plutôt caractérisée par les cambriolages, la dégradation ou destruction de biens publics et privés ainsi que les coups et blessures volontaires

Gaz hilarant : le maire ne rit plus

C’est un fléau qui prend de plus en plus d’ampleur dans le milieu de la nuit : l’inhalation de gaz hilarant par un jeune public, parfois mineur, qui cherche de courts instants d’euphorie en détournant l’utilisation première du protoxyde d’azote. Ce produit, disponible sous forme de petite capsule en grande surface, sert à incorporer du gaz dans les siphons, pour faire de la crème chantilly, notamment. Inhalé, il peut provoquer de très graves et irréversibles séquelles sur le cerveau. Les lendemains de fête, il n’y a qu’à sillonner le quartier Jasmin et
ses parkings pour croiser ces capsules jonchant le sol. La mairie d’Agen a décidé de prendre un arrêté municipal pour interdire la vente et la détention de ces produits par des mineurs. « Il nous semblait
important d’intervenir et d’avoir un message clair, lance Jean Dionis. On ne tolérera pas ça sur le domaine public agenais. Il faut attaquer cette consommation. » Néanmoins si aucun autre délit, comme celui d’ébriété, n’est constaté avec celle-ci, elle ne peut pas être sanctionnée. « D’un point de vue légal, nous restons démunis, confessait il y a quelques semaines le commandant François Gaillard, à la tête du commissariat d’Agen. On ne peut pas mettre en garde à vue un consommateur ou un détenteur de protoxyde d’azote. Le moment d’hilarité qui est recherché est très court mais très dangereux. Il peut notamment avoir de grandes conséquences s’il est
consommé au volant ou sur la voie publique. Sur un précédent poste, j’ai vu une voiture faire un tout droit fatal sur un virage à cause de cela. »



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