Economie : comprendre la crise des Vignerons de Buzet par les chiffres

Montant de la dette, investissements malheureux, valeur du stock, , sommes réclamées aux Prud’hommes… le point sur des éléments-clés du dossier Buzet.

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Le tribunal de commerce d’Agen a placé les Vignerons de Buzet en procédure de sauvegarde mercredi 12 juin. Cela signifie que la cave coopérative rencontres des difficultés financières lourdes sans pour autant être en cessation de paiement. L’objectif est maintenir l’activité tout en travaillant à un plan de sortie de crise viable. L’élément déclencheur est l’explosion de la dette. Si différents camps s’opposent (le clan de l’exDG Pierre Philippe et la nouvelle gouvernance) sur l’interprétation de celle-ci, les chiffres sont têtus. Le passif est bel et bien de 36 M€. Ce chiffre comprend une dette bancaire d’environ 25 M€ (contre 4,5 M€ il y a cinq ans) à laquelle s’ajoutent des avances de récolte, des factures fournisseurs, etc. L’un des investissements récent est particulièrement pointé du doigt : le rachat de Rigal, société de négoce en 2021 pour 6 M€. La pertinence de cette opération dans le contexte de l’époque est moins remis en question que les conditions de la transaction. La cave a non seulement racheté les titres pour une somme rondelette mais aussi la dette de Rigal dont la performance économique a encore chuté depuis…

Combien vaut vraiment le stock ?

L’autre boulet au pied de Buzet, c’est son stock. Parce qu’il fallait bien payer les vignerons, leurs salariés, ceux la cave et tous les frais techniques en attendant que le vin se vende, des emprunts supplémentaires ont été contractés. La valorisation actuelle du stock est estimée à 28 M€. C’est plus que le chiffre d’affaires de l’entreprise… Mais combien vaut vraiment ce stock en l’état actuel du marché ? Qui va l’acheter ? Quand ? L’appellation Buzet n’est pas celle qui prend le plus de valeur avec l’âge, contrairement à des grands Bordeaux ou Bourgogne. Et pendant ce temps, la production continue. La perspective de voir un investisseur embarquer dans cette galère diminue de jour en jour. Les collectivités locales n’auront peut-être pas les moyens de jouer les sauveurs non plus… Cette situation inquiète grandement les 130 vignerons et 80 collaborateurs de la cave qui risquent très gros dans cette histoire. Avec une moyenne d’âge de 58 ans, de nombreux viticulteurs pourraient bien être tentés d’assurer leur fin de carrière en profitant des primes à l’arrachage des vignes qui se généralisent. La réduction des surfaces, choisie ou forcée, semble néanmoins inéluctable. Idem pour l’outil industriel qui semble surdimensionné par rapport au marché réel. Une seule certitude, il y aura de la casse. Pour ne rien arranger, l’ex-DG Pierre Philippe (voir interview à ce lien : https://quidam-hebdo.com/2024/06/19/pierre-philippe-il-ny-a-eu-aucune-erreur-de-gestion-aux-vignerons-de-buzet/) et l’ancien président du directoire Nicolas Lhérisson réclament respectivement aux Prud’hommes des sommes avoisinant les 480 000 € et 100 000 €. Face à ce mur qui se rapproche, les crispations politiques s’atténuent, laissant place à une forme d’union sacrée.

Des renforts de poids pour accompagner les viticulteurs

Les Vignerons de Buzet ne sont pas seuls dans le combat qu’ils ont engagé pour leur survie. Des compétences précieuses viennent compléter la détermination sans faille des agriculteurs à commencer par Yannick Villeneuve. Actuel directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Lot-et-Garonne, il vient faire offi ce de DG par intérim le temps de la procédure de sauvegarde par le biais d’une convention. Il amène notamment une longue expérience dans le secteur bancaire et un passage très réussi chez Reden Solar. Son objectif : apporter une vision lucide et objective sur les chiffres afin d’assainir la situation financière. La cave a également changé de cabinet comptable, s’adjoignant les services d’@com qui a, dans un passé récent, orchestré des redressements spectaculaires comme celui de Lucien Georgelin, en proie lui aussi à des difficultés. L’avocat Me Déjean prend quant à lui la direction des affaires juridiques en vue des grosses échéances prévues au tribunal de commerce d’Agen dans les prochains mois. D’autres renforts ponctuels sont par ailleurs sollicités, à l’instar d’un spécialiste qui viendra prochainement évaluer la valeur réelle des stocks. Enfi n, une première rencontre formelle est programmée ce mercredi 19 juin avec le monde institutionnel et politique local (notamment le Département et la Région) pour déterminer comment chacun peut œuvrer, que ce soit par le biais d’aides financières ou de la promotion/ communication.

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