Nathalie Roussille : « Après la fuite en avant, on va tenter de sauver ce qui peut l’être aux Vignerons de Buzet »

La présidente du conseil de surveillance des Vignerons de Buzet, quant à elle, met en lumières les raisons de cette crise et avance des axes d'amélioration pour sortir peu à peur la coopérative de l'embarras.

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Quidam l’Hebdo : À peine arrivée à la tête de la cave, vous devez déjà affronter une crise décisive pour votre avenir. Comment gérez-vous cela ?

Nathalie Roussille : Ce qui s’est passé au cours des derniers mois n’était pas une prise de pouvoir mais une tentative pour sauver ce qui peut encore l’être, en particulier les vignerons qui pâtissent le plus de cette situation et les salariés. Notre ambition est de garder autant que faire se peut de l’activité viticole sous l’appellation Buzet. Ce n’est pas évident de gouverner dans cette situation complètement inédite, jamais vue dans notre histoire. Et tout le monde l’a bien compris désormais. Les gens comprennent pourquoi on a voulu changer la gouvernance, pourquoi c’était nécessaire et la bonne décision à prendre. Les dernières réunions ont montré que tout le monde voulait aller dans le même sens et mettre les tensions de côté. Il n’est absolument pas question de politique comme cela a pu être présenté.

Q. H. : Comment envisagez-vous de sortir de l’ornière ?

N. R. : Déjà, nous nous entourons de bonnes personnes (ndlr, voir ci-contre) prêtes à foncer et tout mettre en œuvre pour relever ce défi assez énorme qui se dresse devant nous. Ensemble, nous commençons à mettre en place un projet stratégique avec plusieurs scénarios susceptibles de nous sortir de cette impasse. La crise structurelle (voir article ci-contre : https://quidam-hebdo.com/2024/06/19/economie-comprendre-la-crise-des-vignerons-de-buzet-par-les-chiffres/) que rencontre la viticulture dans son ensemble complexifie bien les choses. Ce qui est certain, c’est que le commerce sera le nerf de la guerre avec une nécessaire adaptation au marché. Le consommateur cherche des vins différents, plus fruités avec des indices d’alcool plus bas. Il faudra aussi recalibrer l’outil, la cave, le vignoble. Enfin, tout ce travail de fond ne pourra se faire que sur la base d’une solidarité indéfectible entre vignerons. Nous devrons nous battre encore plus qu’avant pour tendre vers un avenir meilleur.

Q. H. : Combien de temps avez-vous vis-à-vis du tribunal de commerce, sachant qu’une session est prévue le 9 juillet ?

N. R. : Un plan de sauvegarde, c’est en général six mois minimum. L’idée est d’être en ordre de bataille avec un projet bien défi ni pour le mois d’octobre et la saison des vendanges.

Q. H. : La coopérative a-t-elle une chance de se relever sans séquelles ?

N. R. : Il va y avoir des arrachages, c’est inévitable. On doit toutefois tenter d’arrêter cette hémorragie à tout prix. Du côté des salariés, on garde espoir. Il y a déjà eu quelques départs à la retraite, permettant de réduire les eff ectifs aux alentours de 80 personnes. D’autres sont prévus et ne seront pas remplacés sauf cas particuliers. Cela va nous permettre de nous ajuster sans créer de casse sociale. La priorité absolue, c’est de pouvoir payer tout le monde. Pour ce faire, on a va devoir déstocker rapidement, quitte à déprécier un peu la valeur de la production.

Q. H. : À ce titre, comment percevez-vous les procédures prud’homales engagées par Pierre Philippe et Nicolas Lhérisson ?

N. R. : Malgré les accords qui ont pu être conclus en amont, nous n’avons pas souhaité payer ces indemnités que nous contestons (ndlr, 480 000 € environ pour Pierre Philippe, voir interview ci-contre : https://quidam-hebdo.com/2024/06/19/pierre-philippe-il-ny-a-eu-aucune-erreur-de-gestion-aux-vignerons-de-buzet/). Et de toute façon, nous n’en avons pas les moyens. Quand on voit ce qui se passe au sein de la cave et la menace qui pèse sur tout le monde, on peut clairement parler d’indécence.

Q. H. : Selon vous, comment à-t-on pu en arriver là ?

N. R. : C’est un engrenage, qui s’est accéléré à la sortie du covid. Des stratégies de court terme ont été déployées en espérant vendre. Beaucoup d’espoirs ont été mis dans le commerce, sans succès. On a fait des acquisitions disproportionnées. Rigal a été acheté beaucoup trop cher. L’autre conséquence de ce rachat, c’est la complexification des comptes. Il a fallu créer des structures commerciales. En mettant tout bout à bout, on a aujourd’hui 12 filiales chez Buzet. Cela rendait la lecture comptable très difficile. On n’avait pas de bilan consolidé avec une dette globale jusqu’à ce qu’on fasse ce fameux audit qui a tout mis en lumière.

Q. H. : Comment est-il possible que ce soit resté aussi longtemps sous les radars ? Il y avait bien un peu contrôle ainsi qu’un commissaire aux comptes…

N. R. : Le commissaire aux comptes alertait depuis déjà trois ans en dénonçant certaines carences mais rien n’a été mis en place. Les vignerons ont probablement trop accordé leur confiance. On peut aussi regretter une succession d’erreurs préjudiciables une fois le cycle lancé. Les stocks n’ont pas été dévalués en temps et heure. On n’a pas saisi suffisamment le soutien financier de l’Europe dans le cadre de distillation de crise. On n’a pas non plus fait de PGE, ce qui aurait permis de reporter la dette à court terme sur le long terme. D’une certaine façon, on a mis la tête dans le sable. Après cette fuite en avant permanente, on a va tenter de sauver ce qui peut l’être.

Q. H. : Pensez-vous engager des poursuites contre les anciens dirigeants ?

N. R. : Ce n’est pas notre sujet à l’heure actuelle. On est pleinement focalisés sur le plan de sauvegarde pour le moment. La possibilité d’engager des poursuites se fera le cas échéant en temps et en heure. On a dans tous les cas compris qu’il ne fallait pas répéter les mêmes erreurs. On va désormais travailler en transparence et de manière transversale avec tous les concernés. Les décisions seront prises de manière beaucoup plus collégiale.

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