Apicultrice amateure installée en Lot-et-Garonne, Frédérique Ripet n’a pas conçu son innovation dans un laboratoire, mais face à une réalité brutale que beaucoup connaissent dans son milieu, celle de la destruction progressive de ses ruches par le frelon asiatique. « Trois années de suite, j’ai mes ruches qui se sont faites décimées par les frelons… j’ai acheté ce qui existait sur le marché, ça fonctionnait pas. Donc j’ai dit : je vais inventer quelque chose », explique-t-elle. De cette impasse naît une démarche entrepreneuriale qui donnera naissance à Api & Bee, aujourd’hui installée au cœur de la technopole agricole Agrinove depuis 2019.
Le problème, selon l’apicultrice, ne se limite pas à la prédation directe. Il est systémique. La présence du frelon en vol stationnaire devant la ruche provoque un stress massif, les abeilles sortent moins, la nourriture rentre en quantité insuffisante, et la dynamique de colonie s’effondre. « La clé du problème, c’est vraiment l’apport en nourriture », résume-t-elle. Et elle précise la chaîne de conséquences : moins de butineuses, arrêt de la ponte de la reine, puis déclin irréversible de la colonie. « Petit à petit, la colonie va décliner… jusqu’à s’éteindre ».
Du Stop-it à Arthak

Avant l’innovation dont il est question dans ces lignes, plusieurs dispositifs ont vu le jour par le passé chez Api & Bee. D’abord le Stop-it, puis une version améliorée, le Stop-it Max, intégrant une double paroi et une protection renforcée. Mais une limite persistait, celle du matériau. « Le plastique a ses avantages, mais ce n’est pas le matériau de l’apiculture. Le matériau de l’apiculture, c’est le bois », assume Frédérique Ripet. C’est cette conviction qui aboutit aujourd’hui à Arthak, un bouclier en bois intégrant une technologie de double paroi brevetée. Cette architecture crée un sas de sécurité qui maintient le frelon à distance de l’entrée tout en préservant un flux de circulation fluide pour les abeilles. Surtout, l’utilisation du bois pour le modèle offre un gage de durabilité qui permet une plus grande longévité avec un simple entretien.
Au-delà de la performance technique, c’est l’ambition qui diffère des solutions classiques. Ici, on cherche à ne pas opposer frontalement abeilles et frelons, et à réduire la pression subie par la colonie. « C’est un produit qui a été pensé pour l’abeille et pas contre le frelon », insiste la fondatrice. Le dispositif vise ainsi à diminuer le stress, élément central de la survie des colonies.
Car la pression du frelon asiatique n’est pas constante. Elle explose à des périodes précises de l’année. « Le gros problème sur les ruches commence en général à partir de fin juillet, août, septembre, octobre », rappelle l’apicultrice. Cette saisonnalité est déterminante. L’objectif est que les apiculteurs puissent équiper leurs ruches avant la période critique.
Un lancement prometteur
Pour l’heure, Arthak reste en phase de diffusion progressive. Mais les premiers retours de terrain semblent encourageants, alors que le produit a su séduire le public lors d’une manifestation à Villeneuve-sur-Lot récemment. Un début de visibilité qui pourrait s’accélérer à l’approche de la saison critique, alors que les apiculteurs cherchent des solutions concrètes pour protéger leurs colonies. Derrière la technologie et les brevets, la démarche reste, elle, personnelle. Apicultrice, fabricante et militante de la protection des abeilles, Frédérique Ripet résume ainsi son engagement : « protéger la ruche avant tout, en rééquilibrant la relation entre prédateur et colonie. » Une philosophie désormais incarnée par Arthak, que sa conceptrice espère voir largement adopté dans les ruchers français dans les prochaines années.
Entre lutte et protection, un débat plus large //
Au-delà de la technique, l’innovation s’inscrit dans un débat plus large sur les politiques publiques de lutte contre le frelon asiatique. Pour Frédérique Ripet, qui est aussi membre du comité local de lutte contre le frelon, la stratégie actuelle reste déséquilibrée. « Tout a été conçu pour la lutte contre le frelon… mais il ne faut surtout pas oublier la protection de l’abeille », insiste-t-elle. Une position qui résonne avec les évolutions législatives récentes, notamment la loi du 14 mars 2025 et ses décrets d’application de fin 2025, qui structurent désormais une politique nationale de lutte et d’indemnisation.
Renseignements //
Site web : https://apiandbee.com/







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