Un budget de transition sous surveillance //
C’était l’un des rendez-vous les plus attendus depuis l’élection de Laurent Bruneau. Après un premier débat d’orientations budgétaires particulièrement animé la semaine précédente, les élus agenais étaient réunis lundi soir dans la salle des Illustres pour voter le budget primitif 2026. Un budget que la nouvelle majorité présente déjà comme une étape intermédiaire davantage que comme une véritable feuille de route définitive. « Nous avons dû bâtir ce budget dans un calendrier extrêmement serré », a rappelé l’adjointe aux finances, Naïma Lasmak, soulignant que l’équipe municipale n’avait eu que quelques semaines pour prendre connaissance des grands équilibres financiers de la collectivité. « Beaucoup d’engagements avaient déjà été pris, certains projets sont déjà lancés, et nous devons composer avec cette réalité. »
Malgré ce contexte contraint, la majorité a tenu à faire apparaître plusieurs marqueurs politiques forts du nouveau mandat. À commencer par la baisse d’un euro du prix des repas dans les cantines municipales à compter de la rentrée prochaine. Une mesure emblématique qui a rapidement cristallisé les tensions dans l’hémicycle. Avant même son entrée en vigueur, les élus ont d’abord dû abroger l’augmentation tarifaire de 1,26 % prévue pour septembre. Les nouveaux tarifs s’échelonneront désormais entre 0,90 € et 4,60 € selon les quotients familiaux. Une mesure qui concernera uniquement les enfants domiciliés à Agen et scolarisés dans les écoles publiques.
« Nous appliquons simplement le programme sur lequel nous avons été élus », a défendu Laurent Bruneau. « Le pouvoir d’achat est une urgence sociale dans une ville où la précarité touche une part importante des familles. » L’opposition n’a pas tardé à dénoncer un dispositif jugé « discriminant » envers les élèves du privé. « Il y a aussi des familles modestes dans l’enseignement privé », a insisté Clémence Brandolin-Robert. « Vous créez une différence entre les enfants sur un sujet aussi essentiel que l’alimentation. » Même tonalité du côté de Claire Rives, qui a regretté « un débat idéologique ». Pia Landrin a, elle, plaidé pour un système de type « chèque-repas » qui aurait permis d’élargir le dispositif à certains élèves hors commune, notamment en Ulis. La majorité assume pleinement ce choix politique. « Nous sommes une municipalité de gauche », a répondu Naïma Lasmak. « Le privé relève d’un choix. Le service public, lui, doit rester notre priorité. »
Dans le même esprit, la municipalité mettra également en place dès septembre un kit scolaire de base destiné aux élèves du public. « Ce dispositif a été construit avec les enseignants. L’objectif est de garantir un minimum commun pour tous les enfants. » Au-delà de ces premières mesures, la municipalité confirme également l’expérimentation des deux heures de stationnement gratuit en centre-ville, la poursuite des aménagements cyclables sur le boulevard piéton ou encore certaines opérations de piétonnisation. Mais la prudence domine encore largement les discours. L’audit financier lancé dès les premiers jours du mandat doit rendre ses conclusions au mois de juin et pourrait rebattre les cartes. « Ce budget est avant tout un point de départ », a résumé Pierre Dupont, premier adjoint. « Les ajustements viendront ensuite, en fonction des marges réelles dont disposera la collectivité. »
Le dossier agricole rallume les tensions //
Le moment le plus politique de la soirée est venu d’un sujet que personne n’attendait réellement au cœur des débats budgétaires : les dégradations commises lors des mobilisations agricoles de ces dernières années. En pleine séance, Laurent Bruneau a dévoilé le montant global des dégâts subis par la Ville et l’Agglomération depuis 2014 : plus de 700 000 euros cumulés, dont 236 000 euros pour les seules actions menées en décembre dernier pendant la crise de la dermatose nodulaire. « À un moment, il faut regarder les chiffres en face », a lancé le maire. « Cet argent aurait pu financer pendant plusieurs années certaines mesures sociales que nous mettons aujourd’hui en place. » Le ton s’est durci lorsque l’édile a évoqué la possibilité d’un dépôt de plainte contre les auteurs des dégradations. « La colère agricole peut être entendue. Mais la ville d’Agen n’a pas vocation à payer les conséquences matérielles de conflits qui la dépassent », a-t-il martelé. Dans un hémicycle attentif, Laurent Bruneau a également annoncé vouloir rencontrer les responsables de la Coordination rurale afin « d’échanger sur les responsabilités et les perspectives ». Fait notable, l’opposition issue de l’ancienne majorité municipale, pourtant très critique depuis le début du conseil, a soutenu cette ligne. « Les destructions commises sur la place Armand-Fallières étaient inacceptables », a estimé Clémence Brandolin-Robert. « Si la Ville décide d’engager des poursuites, nous serons à ses côtés. »
Conseils de quartier : la majorité veut « réinventer » le dispositif //
Autre chantier symbolique du nouveau mandat : la réforme des conseils de quartier. Créés en 2008 sous Jean Dionis du Séjour, ces 23 conseils de proximité vont être profondément repensés. La majorité considère aujourd’hui que le système s’est essoufflé. « Il faut redonner du souffle à la démocratie locale », a expliqué Anne-Marie Jean-Meillier, adjointe chargée de la vie des quartiers. « Nous voulons des instances plus ouvertes, plus efficaces et davantage tournées vers les habitants. » Une phase de concertation doit démarrer dès septembre avec les présidents de quartier et les habitants. « L’idée n’est pas de décider seuls depuis l’hôtel de ville », a assuré l’élue. « Cette refonte doit se construire avec eux. » Dans les rangs de l’opposition, le sujet reste sensible. Baya Kherkhach a défendu « un outil qui a permis à de nombreux projets de voir le jour dans les quartiers », tout en reconnaissant que des améliorations étaient possibles. La majorité a tenu à rassurer : les projets déjà votés dans les enveloppes de quartier seront maintenus.







Laisser un commentaire