Née de la fusion de Terres du Sud et Vivadour, Auraïa réunit 9000 agriculteurs et pèse plus d’un milliard d’euros

Les deux coopératives emblématiques du Gers et du Lot-et-Garonne ne font désormais plus qu'une, avec l'objectif de devenir encore plus compétitive.

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Ce lundi 1er juin marque un tournant important dans la vie agricole régionale. Deux acteurs puissants, le Lot-et-Garonnais Terres du Sud et le Gersois Vivadour, viennent d’unir leurs forces pour donner naissance à Auraïa. Ce nom, auquel il va falloir s’habituer, symbolise l’air et la terre (Aura et Gaïa en grec) ainsi que l’eau présente dans le logo, sur lequel on distingue rivières et fleuve du Sud-Ouest. Ces éléments fondamentaux façonnent la vie dans les campagnes et plus particulièrement l’activité paysanne. Mais c’est également l’évocation de l’aurore, l’aube d’une nouvelle ère pour cette coopérative unifiée qui prend des allures de géant. On parle désormais d’un tissu de 9000 agriculteurs, soit près d’un exploitant sur deux dans la zone géographique d’influence qui s’étend de Limoges jusqu’aux Pyrénées et de Bordeaux à Toulouse. D’un point de vue économique, les chiffres sont tout aussi spectaculaires : 1,1 milliard d’euros et 1915 salariés (hors saisonniers et intérimaires) ! « Dès les premières rencontres il y a 18 mois, ce projet de fusion nous est apparu, à nous élus, comme une évidence et une opportunité », rappelle Florent Estebenet. Déjà à la tête de Vivadour depuis décembre 2023, ce jeune agriculteur de 38 ans, associé au sein du GAEC familial en polyculture-élevage du côté de Bellegarde, a été démocratiquement désigné président d’Auraïa par un conseil d’administration paritaire. Il forme désormais un binôme avec Sylvain Théon, jusqu’alors directeur général de Terres du Sud. L’association des deux hommes est à l’image de toute la démarche : un gage de stabilité. Il faut dire que Terres du Sud et Vivadour parlent « le même langage », selon les dires de leurs gouvernants. Ces deux coopératives ont en commun d’être « polyvalentes » puisqu’elles sont présentes dans une dizaine de filières, dont certaines étaient déjà partagées, les autres étant complémentaires. Elles atteignent, groupées, une taille critique « pour pouvoir bénéficier de leviers auparavant inaccessibles », explique Sylvain Théon.

Trois grandes orientations stratégiques ont guidé le processus. « En premier lieu, nous voulons renforcer le service aux agriculteurs en conservant notre proximité. Il s’agit ensuite d’améliorer la résilience du groupe autour d’une identité régionale très marquée. Et enfin, poursuivre un modèle durablement engagé dans les activités agricoles avec des outils agroalimentaires pour valoriser des produits qualitatifs », détaille Florent Estebenet. « Notre job, c’est de prendre des productions agricoles, de les transformer et de les vendre en suivant », résume Sylvain Théon. La chaîne de magasins Gamm Vert fait notamment partie des circuits de distribution. Il est loin d’être le seul. Les filiales d’Auraïa commercialisent dans près de 70 pays dans le monde. Mais c’est bien en priorité à l’échelle locale que la gouvernance entend « consolider » ses positions. 

Chiffres-clés //
9000 agriculteurs et 600 000 hectares de surfaces agricoles
10 filières végétales et animales valorisées
1915 salariés (CDI, CDD, alternants)
1,1 Mds€ de chiffre d’affaires
22 M€ d’investissements par an jusqu’en 2030

Cap sur 2030

La nouvelle coopérative a fixé sa feuille de route pour les quatre années à venir. Elle peut se résumer en trois mots : « Conquérir, accompagner, performer ». Dans un monde soumis aux aléas climatiques, aux changements des habitudes de consommation et sensible aux tensions géopolitiques, une grande agilité est de rigueur. Les filières dans le dur, comme le vin, le canard gras ou le grain ne sont pas abandonnées. Dans certains cas, l’outil industriel est rationalisé ou adapté. Dans d’autres, des choix forts de positionnement sont décidés, à l’image des gammes de vin blanc désalcoolisé. « En parallèle, on a aussi des marchés qui sont très porteurs et qui ne demandent qu’à être servis. On a du mal aujourd’hui à satisfaire les besoins exprimés par les grandes surfaces sur l’œuf. Même chose sur la volaille de chair, répartie à 50/50 entre le poulet du quotidien et le labellisé. On a par ailleurs des demandes accrues sur la semoulerie de maïs. Ce sont autant de terrains de jeu pour lesquels la coopérative doit aller chercher de nouveaux producteurs et développer leurs capacités », explique le directeur général.

Un nouveau siège à Agen

Si les fusions interviennent souvent dans un contexte de difficultés financières, ce n’est pas tout à fait le cas ici. Vivadour a certes rencontré quelques soubresauts, dus en grande partie à des hausses de charges difficiles à répercuter sur les prix, l’obligeant il y a deux ans à organiser un plan collectif de ruptures conventionnelles. « Cela n’avait rien à voir avec la fusion », assure Florent Estebenet. Ce dernier confie que les deux coopératives auraient pu suivre leur route chacune de son côté. « Cela nous donnait cependant beaucoup moins de visibilité à un horizon de dix ans. Quand on veut opérer des synergies, il vaut mieux ne pas attendre des temps trop difficiles. » Un avis visiblement partagé puisque toutes les organisations ont voté ce mariage à l’unanimité. Un mariage où chacun reste chez soi. Riscle et Clairac resteront les fiefs respectifs des ex-Vivadour et Terres du Sud, au milieu d’une myriade d’autres sites secondaires. « Il en va de la proximité avec les agriculteurs. Et les équipes y ont aussi construit leur vie personnelle », notent Florent Estebenet et Sylvain Théon. En revanche, l’adresse du siège social s’établit en terrain neutre, à Agen. Un siège relativement modeste, puisqu’il sera dimensionné pour accueillir une quinzaine de personnes. « Nous avons choisi l’Agropole, à Estillac, aussi pour la symbolique de projeter Auraïa aux côtés des acteurs de l’agroalimentaire », précise le président.

À ce jour, aucun projet de nouveau site industriel n’est programmé. La coopérative se fixe néanmoins une enveloppe annuelle de 22 M€ pour assurer ses investissements et de potentielles opérations de croissance externe. Plus qu’une hausse de son chiffre d’affaires, conditionné à de nombreux facteurs, c’est le résultat d’exploitation qui sera scruté.

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