« Vous êtes ici dans ce qu’on avait imaginé il y a cinq ans ». Installé dans le tout nouvel édifice de la CCI de Lot-et-Garonne, accolé au non moins neuf bâtiment du désormais Sud Formations, le président de la Chambre Frédéric Péchavy mesure ce moment qui a valeur d’aboutissement. Derrière les murs encore frais du campus du Technopole Agen Garonne, c’est toute une stratégie qui prend forme.
Lorsque la CCI est contrainte de quitter son siège historique au début des années 2020, l’idée, à terme, n’est pas seulement de se reloger. « L’idée, c’était de se réinventer et de se retrouver avec notre école de formation dans un lieu qui mélange entreprises, porteurs de projets et formation », explique-t-il. Ce choix donne naissance à un projet global pensé comme un écosystème, où cohabitent accompagnement économique, apprentissage et innovation. Le site, qui s’étend sur près de 4 500 m², doit être inauguré officiellement à la mi-septembre. Les équipes, elles, commencent déjà à s’y installer progressivement, tandis que les étudiants feront leur rentrée dans ces nouveaux espaces dès septembre.
Une nouvelle impulsion
Cette installation intervient dans un contexte de transformation interne. À la tête de Sud Management depuis novembre, Yannick Villeneuve a engagé une réorganisation en profondeur aux côtés de Thierry Morales. L’objectif était de remettre de l’ordre et redonner de la lisibilité à une structure qui traversait des difficultés. « Aujourd’hui, Sud a retrouvé un équilibre économique », affirme le premier nommé, évoquant une « grosse demi-année » de travail pour stabiliser la situation. Dans le même mouvement, les équipes relancent une dynamique de développement, notamment à travers de nouvelles formations, après plusieurs mois sans ouverture de cursus. « L’objectif, c’est que Sud réponde aux besoins des territoires et des entreprises », insistait régulièrement Thierry Morales, au moment d’esquisser les contours de ce que sera l’avenir pour l’établissement.
Changer de nom pour ouvrir un nouveau chapitre //
Cette transformation passe aussi par un changement d’identité. Dès le mois de juin, Sud Management deviendra Groupe Sud Formations. Une évolution qui marque symboliquement une nouvelle étape dans l’histoire de la structure, créée il y a près de trente ans. « Nouveau campus, nouvelles formations, nouveau nom. On ouvre un nouveau livre », résume Yannick Villeneuve. Derrière ce changement, une volonté de clarifier l’offre et d’affirmer un positionnement plus lisible. Le terme « management » disparaît au profit d’une identité jugée plus ancrée et plus fédératrice.
Le groupe se structure désormais autour de plusieurs activités complémentaires, organisées en véritables pôles identifiés. Au cœur du dispositif, la formation initiale et l’alternance sont désormais portées par une école clairement affirmée, « pensée comme une vitrine académique du territoire. » Baptisée ESC Rive de Garonne, elle « incarne la volonté de positionner une école de commerce régionale « de bon niveau, capable d’offrir des parcours complets du bac au bac+5, tout en restant connectée aux réalités économiques locales », détaille Thierry Morales.
Autour de ce socle, la formation professionnelle continue conserve une place stratégique. Destinée aux salariés et aux entreprises, elle se déploie sous une bannière dédiée (Sud Formations & Carrières) qui traduit une logique d’accompagnement tout au long de la vie professionnelle. Dans le même esprit, une entité spécifique est consacrée aux métiers de la santé (Sud Formations Santé), « un secteur en forte tension, avec des formations paramédicales encadrées et certifiées, notamment pour les hôpitaux, cliniques et établissements médico-sociaux. » Enfin, le groupe élargit son champ d’action avec une offre orientée vers les ressources humaines (Sud Solutions RH).
Cette architecture repose sur une logique de lisibilité et de spécialisation, chaque marque répondant à un public et à des besoins clairement identifiés. « Elle traduit surtout une évolution du positionnement de l’établissement, qui ne se limite plus à un rôle d’école, mais s’affirme comme un acteur global du développement des compétences, au service à la fois des individus et du tissu économique local », s’accordent les dirigeants.
Former toujours plus
Au cœur du projet, une conviction partagée par les dirigeants, la formation doit être pensée à l’échelle du territoire. Pour Thierry Morales, il s’agit avant tout de répondre à une réalité très concrète. « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes quittent le département pour poursuivre leurs études. L’idée, c’est de leur proposer ici des formations de même niveau que dans les métropoles ». Cette stratégie se traduit par l’ouverture de nouveaux cursus dès la rentrée 2026. À Agen, un bachelor orienté banque et assurance ainsi qu’un master en marketing digital verront le jour. À Marmande, deux formations de niveau bac+3 seront proposées pour la première fois, dans les domaines du développement commercial et de la distribution.
Derrière ces ouvertures, l’enjeu est clairement identifié par la CCI qui souhaite « créer une dynamique économique locale sur le Technopole où l’on retrouve aussi sur notre site la Pépinière d’entreprises La Serre », rappelle Frédéric Péchavy. Les résultats semblent déjà aller dans ce sens. Le taux de réussite aux examens dépasse régulièrement les 90 %, tandis que près des trois quarts des étudiants trouvent un emploi à l’issue de leur formation. Surtout, environ 60 % d’entre eux restent travailler sur le territoire. Cette capacité à ancrer les compétences localement a été reconnue récemment par l’obtention d’un label international, le BSIS, qui valorise l’impact territorial des écoles de commerce.
Un modèle indépendant et exigeant
Le développement de Groupe Sud Formations repose sur un modèle particulier. Contrairement à de nombreux acteurs du secteur, la structure ne bénéficie pas de subventions de fonctionnement. « Nous vivons sans un euro de subvention sur la pédagogie », souligne Thierry Morales. Cette mutation intervient dans un contexte plus large de recomposition du secteur. « Le monde de la formation est chahuté », reconnaît Yannick Villeneuve. Cette indépendance impose une exigence constante. Il faut convaincre les entreprises, s’adapter à leurs besoins et garantir la qualité des formations proposées. « Si on ne répond pas aux attentes du territoire, on n’existe plus », résume-t-il. Avec environ 420 étudiants en formation initiale et plus de 14 500 salariés formés chaque année, le groupe revendique une approche à taille humaine, loin d’une logique industrielle. L’accent est mis sur l’accompagnement individualisé et l’ingénierie de formation sur mesure. Plus qu’un changement de nom, c’est bien une redéfinition du rôle de celle que l’on nommera à présent « Sud » qui est en cours.







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