Depuis le début du mois de juillet, le syndicat Valorizon a un nouveau président. Il s’agit d’Alain Lorenzelli. Maire de Bruch mais également à la tête d’Albret Communauté, l’élu de 51 ans n’est pas un inconnu de la structure puisqu’il en était déjà vice-président. Il succède à Ludovic Biasotto, qui lui-même avait pris la suite de Michel Masset. Ce sujet de la collecte et du traitement des déchets, Alain Lorenzelli le connaît plutôt bien. « J’y travaille depuis 2006 », précise-t-il. Son leitmotiv se résume en un seul mot : action. Sans pointer du doigt le travail de ses prédécesseurs dont il salue la mobilisation car « ils ont amorcé un virage pour nous mettre sur de bons rails », il regrette l’absence de grandes décisions structurantes face aux échéances capitales qui se sont profilées au fil des ans. « Je râlais déjà avec la fermeture programmée du site d’enfouissement de Nicole et on se heurte au même problème avec Monflanquin. C’est l’anticipation qui a longtemps fait défaut », constate-t-il. Son analyse se présente sans détour : « On a 20 ans de retard à rattraper ! » Selon lui, les torts sont partagés entre certains élus qui n’ont pas pris le problème à bras le corps mais également une population parfois réticente à accepter la création de nouvelles installations près de chez elle. La difficulté réside ici dans les échelles de temps, très longues en matière d’environnement, et la perception de l’évolution des coûts. « On aurait dû repenser le modèle bien plus tôt mais, maintenant, il faut aller de l’avant. » Le compte à rebours est en marche, la dernière installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) à Monflanquin va définitivement verrouiller ses casiers en 2034. La concession de l’incinérateur d’Agen exploité par la Sogad (hors du périmètre de Valorizon) arrive à échéance un an avant.
Le passage obligé vers l’incinération //
Construire de nouveaux sites d’enfouissement en France s’annonce désormais extrêmement compliqué d’un point de vue réglementaire. D’où la bascule quasi impérative vers des incinérateurs, appelés UVE, pour usine de valorisation énergétique. Le fait de brûler les déchets peut permettre de produire de l’électricité ou alimenter un réseau de chaleur.
Vers une association entre Valorizon et l’Agglo d’Agen ? //
Aujourd’hui, le traitement des ordures ménagères n’est pas départemental. L’Agglo d’Agen s’auto-gère tandis que le reste du Lot-et-Garonne confie la tâche au syndicat Valorizon. « De la même façon que l’on collabore sur le centre de tri, je pense que l’on doit travailler aussi ensemble sur la question de l’incinération plutôt que de rester chacun dans son coin. Intégration dans le syndicat, convention de partenariat… Peu importe la tambouille administrative. L’essentiel est qu’on défende les mêmes intérêts et qu’on tende vers une optimisation. Aujourd’hui, l’Agglo est ouverte à la discussion », indique Alain Lorenzelli.
Un ou deux incinérateurs ? //
120 M€, c’est le coût de construction estimé pour une UVE d’une capacité de 100 000 tonnes, ou deux UVE de 50 000 tonnes. Alain Lorenzelli préconise la seconde option qui permet une meilleure répartition territoriale et une continuité d’activité : « Limiter les kilomètres pour acheminer les déchets, c’est réduire considérablement les coûts. Et quand un incinérateur doit être arrêté pour maintenance, le second continue à fonctionner. »
Le recours au privé //
Comme précisé ci-avant, l’enveloppe nécessaire est colossale. « Aucune collectivité n’a les moyens de poser 120 M€. Cela implique donc de faire appel à un opérateur privé via une délégation de service public. On se met d’accord sur une durée d’amortissement et on fixe un prix à la tonne qui tient compte à la fois de l’investissement et du coût de traitement. Les critères sont explicitement établis par contrat et le territoire se protège », explique le président de Valorizon. Le syndicat doit en effet garder des fonds pour assurer la dépollution et le suivi sur trois décennies de ses centres d’enfouissement qu’ils soient actifs ou déjà fermés. Un doublement du centre de tri à Damazan, « qui fonctionne très bien », devra par ailleurs être envisagé. Tout cela pèsera aussi quelques millions.
Une question de souveraineté //
Pour mesurer l’enjeu, il faut se plonger dans les chiffres. Aujourd’hui, les territoires membres de Valorizon produisent 45 000 tonnes de déchets non recyclables. Monflanquin ne peut en accueillir que 29 000 tonnes. Une partie doit donc partir à l’extérieur et notamment à Montech (82). « Là-bas, la tonne nous est facturée à 167 € HT, ce qui est très supérieur au coût réel de traitement. Quand bien même nos volumes baisseraient, l’opérateur ferait monter les prix pour conserver sa marge. À cela, il faut ajouter des déplacements beaucoup plus longs pour les camions. Et au prix du gazole, la facture s’envole très vite. On est dépendants d’un marché sur lequel on n’a pas la main. Je vous laisse imaginer ce qui se passerait en 2034, à la fermeture de Monflanquin si nous n’avons pas de structure chez nous… L’inflation pourrait être énorme. » Avec deux UVE, le Lot-et-Garonne pourrait absorber l’ensemble des flux, maîtriser ses charges et même s’offrir quelques recettes bonus en accueillant des sacs noirs venus du Bergeracois, d’une partie des Landes ou de la zone Sud-Gironde. « C’est maintenant qu’il faut accélérer. Sans obstacle, il faut généralement 8 à 10 ans pour construire et mettre en service un incinérateur. »







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