Frédéric Péchavy : « Le SUA ne peut pas vivre éternellement en déficit »

Le vice-président dresse un diagnostic sans concession de la situation financière du club agenais et livre les solutions qui se présentent pour tenter de redresser la barre.

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Quidam Hebdo : Le SUA LG démarre 2024 dans un contexte délicat avec le départ surprise du manager Bernard Goutta, le tout sur fond de résultats sportifs décevants. Quel regard portez-vous sur cet événement ?

Frédéric Péchavy : On a une situation sportive compliquée avec le départ de Bernard Goutta, mais il a expliqué ses raisons. Il a passé deux ans à travailler pour remettre l’équipe sur de bons rails. Il faut se souvenir que quand il arrive, le club est en grande difficulté, il a relevé le défi sportivement. L’an passé, il assure l’objectif du Top six et a commencé à mener un travail pour recréer le lien entre joueurs et supporters (NDLR, avec 47 express). On a constaté que l’accueil du public est globalement très bon sur le département mais cette atmosphère ne se retrouve pas dans la ville d’Agen. Il a été très marqué par les remarques de certains supporters, par les propos et l’attitude du président du Biarritz Olympique Jean-Baptiste Aldigé à son endroit, par le fait que des anciens du Sporting passent du temps avec ce dernier… Il a vécu ça comme une trahison, ce à quoi il faut ajouter une défaillance sportive. Au cours des derniers mois, il s’est senti quelque peu seul pour défendre l’institution. Je comprends que ça ait pu lui peser, je comprends sa décision. 

Q.H. : Au-delà de l’aspect sportif, la situation financière inquiète également avec un déficit structurel de 2 M€ qui pèse lourd dans la politique du club…

F.P. : On a aujourd’hui une infrastructure d’un très bon niveau mais qui coûte depuis 2023 plus d’1 M€ par an au club, entre le nouveau loyer du stade, le remboursement de l’emprunt de 7 M€ (NDLR, financement privé du SUA pour aménager les espaces réceptifs et les installations sportives), la gestion du centre de formation qu’on a récupéré dans la nouvelle convention, et toutes les charges inhérentes à l’entretien que l’on n’avait pas auparavant. On a aussi, avec 4,5 M€, la deuxième masse salariale de Pro D2 derrière Brive, alors qu’il faudrait se situer plutôt autour des 3,5 M€. Quand on met tout bout à bout, notre budget charges s’élève à 14,5 M€, soit 2M€ de plus que nos recettes. On ne peut pas vivre éternellement avec ce déficit structurel.

Q.H. : Avec le recul, est-ce que les travaux d’Armandie ne sont finalement pas un caillou dans la chaussure du SUA ?

F.P. : Non, les travaux étaient de toute manière indispensables. Et cet outil, qui offre plus de capacités en loges et une montée en gamme, nous permet d’atteindre quasiment 7M€ de partenariats. Cela n’était jamais arrivé à Agen, même en Top 14. Auparavant, on tournait plus 5,5 et 6,2 M€. Le problème ne tient pas tant au stade mais au manque de deux ou trois partenaires majeurs, à l’image de Bigard qui ne nous accompagne plus.

Q.H. : Quels sont les leviers à court terme pour équilibrer les finances ?

F.P. : Clairement, l’objectif est de revenir à un budget à l’équilibre, ou quasiment, pour la saison 2024-2025. Pour cela, on a un effort à faire sur le budget de dépenses et en particulier la masse salariale. Après la saison blanche en Top 14 et la série de 7 défaites pour attaquer la suivante, il était urgent de sécuriser le vestiaire et de se renforcer comme on pouvait. C’était un contexte particulier mais on a surpayé des joueurs et on ne peut plus se le permettre. Il faut se réaligner sur les salaires moyens de Pro D2. C’est l’objectif de la cellule de recrutement constituée par le trio Fonteneau-Ortolan-Léger ainsi que le staff. Je pense que l’on peut faire tout aussi bien en dépensant moins. D’autres clubs y arrivent, à l’image de Mont-de-Marsan. On a besoin d’avoir un effectif plus homogène, dans les salaires et les statuts, pour que tout le monde soit investi dans le projet. On va aussi réduire le nombre. Aujourd’hui, on recense 55 joueurs pros et espoirs sous contrat. Il faut revenir à 45 joueurs en suivant l’idée de trois joueurs par poste dont un espoir issu de la formation.

Q.H. :
En attendant, Jean-François Fonteneau va devoir combler le trou. Combien de temps va-t-il pouvoir tenir ainsi ? Est-ce que, du coup, la recherche de repreneurs/investisseurs se poursuit ?

F.P. :
C’est évidemment très compliqué. Et même si c’est un passionné, difficile de ne pas s’épuiser quand on lutte contre autant d’éléments : la pression financière, les résultats, les critiques… On peut ne pas être d’accord avec ses choix mais il faut au moins le respecter. Il est certain que si quelqu’un arrive avec la volonté de l’accompagner financièrement, les portes seront ouvertes. Un investisseur extérieur au Lot-et-Garonne peut exister mais je pense qu’il faut un attachement au territoire pour que ça marche. Et je pense aussi que dans les affaires de ce genre, la discrétion est un pré-requis tant que tout n’est pas sur de bons rails… Quoi qu’il arrive, il ne faut pas tout attendre d’un homme providentiel qui pourrait repartir aussi vite qu’il est arrivé. Il faut juste s’assurer d’avoir des finances saines et en adéquation avec la réalité économique qui est la nôtre aujourd’hui. Parce que c’est un club historique, on se dit que le SUA sera toujours là. Sauf que non. Il pourrait finir comme d’autres qui ont disparu du circuit professionnel, comme Lourdes ou Tarbes.

Q.H. : Et vous, pourriez-vous incarner ce rôle de repreneur ? Vous êtes impliqués depuis un certain temps maintenant, vous avez un rôle stratégique et rassembleur en étant à la tête de la CCI, vous dirigez une entreprise emblématique du territoire… 

F.P. : Je n’ai pas la légitimité ou la caution rugbystique ni la capacité financière d’assumer ce qu’assume le président Fonteneau. Mais je resterai présent auprès du club si on est dans un projet collectif. Le Sporting doit retrouver son unité, à tous les échelons, que ce soit les partenaires, les anciennes légendes du SUA et les supporters. C’est ce qui nous manque actuellement. Il faut créer cet environnement, retrouver cette cause commune, où chacun apporte sa pierre à l’édifice avec ce qu’il est. Cette unité transcendera les joueurs qui ne pourront pas tricher. 

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