SUA LG : un seul Reggiardo vous manque et tout est dépeuplé

Bientôt cinq ans que Mauricio Reggiardo a quitté le SU Agen. Depuis, le club accuse les échecs au niveau du management. Alors qu'une nouvelle rencontre face à « l'Aix » entraîneur agenais, aujourd'hui manager de Provence, se profile le 8 février à Armandie, faisons un retour sur l'épineuse question du coach dans l'après-Reggiardo.

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15, voici le nombre de managers, entraîneurs et consultants qui se sont assis sur le banc du SUA depuis le départ de Mauricio Reggiardo en juin 2019 (voir l’infographie en bas d’article). En poste de 2016 jusqu’à cette date précise, l’Argentin est même le dernier homme à avoir rempilé trois saisons de suite au sein du staff des « Bleu et Blanc ». Derrière, seul Bernard Goutta a pratiquement atteint la barre des deux ans et on observe des périodes d’activité encore plus courtes pour ses prédécesseurs et anciens adjoints. Et cela car Mauricio Reggiardo est en quelque sorte le dernier entraîneur à avoir terminé son aventure dans des conditions « normales », quittant les siens sur sa propre décision (malgré des résultats en accord avec les objectifs fixés pour l’équipe), et non celle de ses supérieurs.

Car s’il est arrivé dans la peau d’un simple entraîneur des avants, ce dernier a rapidement pris du poids dans le vestiaire comme un meneur d’hommes. Et au sortir d’un premier exercice 2016-2017 en Pro D2, couronné d’un barrage d’accession au Top 14 victorieux pour le SUA contre Montauban (41-20, le 21 mai 2017), Reggiardo est vu comme l’homme providentiel pour devenir l’entraîneur principal du club. Une promotion qui fait alors écho au départ de Mathieu Blin.

Si pour sa première saison à la tête de l’équipe (accompagné de Stéphane Prosper), le club est largement concerné par la lente transition en interne entre Alain Tingaud et Jean-François Fonteneau à la présidence, sur les terrains en revanche, Agen étonne et prend du galon en finissant 11e du championnat avec 10 victoires en 26 matchs. Sur la lancée, au mois de mai, Mauricio Reggiardo se décide à prolonger avec le SUA jusqu’en 2021, mais avant le début de la saison 2018/2019, ce dernier annonce son départ pour Castres à l’issue de l’exercice. Son nouveau contrat avec Agen comportait alors une clause d’engagement moral dans le cas où il serait sollicité par le CO (Castres Olympique), son club de cœur où il a joué de 1996 à 2005. Ce départ prévu ne démotive pas le SUA qui parvient toutefois à se maintenir à nouveau (12e au classement) et ce, malgré les transferts de nombreux cadres à l’intersaison précédente. Il quitte donc le club en juin, sans vraiment savoir le vide qu’il laissera à son poste encore aujourd’hui.

Un renouveau à contre-temps

Depuis, le Sporting a enchaîné les échecs. Si les problèmes ne sont pas tous à mettre que sur le dos du staff, il reste important de noter que le SUA n’a plus réussi à inscrire un entraîneur sur le long terme dans le projet du club, mais a-t-il réellement donné les moyens à un homme d’y parvenir. L’après-Reggiardo a débuté par un ambitieux staff emmené par Christophe Laussucq aux côtés de Rémi Vaquin et Benoit Lecouls, mais en mars 2020, heureusement ou presque (le SUA étant relégable a ce moment-là), la crise sanitaire débarque et stoppe le championnat en quelques semaines. Et ce n’est pas le début d’exercice 2020-2021 catastrophique qui a permis à Laussucq et ses hommes de rattraper leur retard. Le staff est démis de ses fonctions après sept rencontres pour autant de défaites.

Autogestion et temps long

Démarrent alors deux semaines irréelles où la direction laisse le contrôle aux joueurs le temps de trouver un nouvel homme de main pour prendre en charge l’équipe. Les joueurs deviennent simplement leur propre entraîneur. Une période que le président Fonteneau qualifiera « d’excitante », se gargarisant alors de voir ses joueurs récolter le meilleur résultat de la saison en cours : une défaite à domicile (16-19) contre Lyon… Cette situation rappelle fortement la période d’autogestion du SUA en 2007 qui avait pour but de donner un électrochoc aux joueurs afin de se maintenir en Top 14. Et si l’autogestion n’avait pas sauvé le club d’une descente en seconde division à l’époque, elle n’a pas non plus aidé les « Bleu et Blanc » 13 ans plus tard. Dans cette saison cauchemardesque où Agen ne remporte aucun match de championnat, on décide de mettre par la suite aux commandes Régis Sonnes, qui apparaît comme le sauveur, venant alors du Stade Toulousain. Mais une fois de plus, son staff ne parvient pas à trouver la clé. Les défaites s’enchaînent, les blessures s’accumulent, des joueurs sont mis à l’écart par la direction et un véritable marasme règne dans ce qui reste encore aujourd’hui la pire saison du SUA sous l’ère professionnelle.

La quête du sauveur perdure…

Le Sporting descendu en Pro D2, la défaite persiste. Régis Sonnes est suspendu de son poste en octobre 2021 et le SUA laisse une nouvelle fois son groupe dans une situation délicate. Sylvain Mirande et David Ortiz, les anciens adjoints de Sonnes, prennent l’intérim le temps de trouver un nouveau manager et les supporters attendent de nouveau la venue du « sauveur ». C’est le Catalan Bernard Goutta qui reprend le poste au tournant de l’année 2022, amenant dans ses valises Christophe Deylaud pour son troisième passage du le banc agenais. En qualité de consultant, ce dernier doit apporter son savoir-faire pour redresser la barre, lui qui est habitué d’être appelé à la rescousse du SUA en cas de descente en Pro D2. Mais pour cette fois, son retour a fait l’effet d’un pétard mouillé. A l’entraînement comme en match (où il restait loin du banc de touche suaviste), ce dernier semblait distant et son apport au sein du groupe n’a jamais pu être observé. Pouvait-il impacter le jeu du SUA en n’étant qu’un simple consultant ? C’était en tout cas le pari tenté par Jean-François Fonteneau et son équipe. Seulement deux mois après son arrivée, Christophe Deylaud annonce ne pas poursuivre l’aventure au-delà de la fin de saison 2021-2022. Un premier raté qui se couplera plus tard d’un second. Manny Edmonds est engagé en juin 2022 pour s’occuper des arrières, mais décide finalement de quitter son poste six mois plus tard pour des raisons qui restent encore floues. Là encore, un échec cuisant pour un club meurtri par ses résultats sportifs.

Toutefois, à côté de cela, Bernard Goutta obtient des premiers résultats en manager. Après avoir sauvé le SUA d’une dangereuse relégation en Nationale 1 en 2022, il parvient même à mener l’équipe en phases finales de Pro D2 l’an dernier. Mais cette embellie a été ralentie cette saison par des résultats de nouveaux décevants, couplés à des adjoints qui n’ont jamais fait la paire avec lui, en plus d’un projet de jeu qui a trouvé ses limites. C’en est de trop, Bernard Goutta fait alors ses bagages en fin d’année 2023. A ce sujet, le vice-président du SUA Frédéric Péchavy confiait que l’entraîneur « s’était senti un peu seul pour défendre l’institution agenaise ». Une phrase pas si anodine. La direction du club avait-elle assez soutenu son manager installé en principe jusqu’en 2026 ? Ou l’a-t-elle laissé faire le bouc émissaire des critiques dès que les résultats sportifs n’allaient plus dans le bon sens ? C’est en tout cas un nouvel exemple qu’Agen a du mal à séduire sur le long terme, ces entraîneurs ne sont même plus virés, mais partent d’eux-mêmes.

Aujourd’hui, Bernard Goutta a laissé aux commandes l’inexpérimenté trio composé par Dave Ryan, Barry Maddock et Adel Fellah. S’il n’est pas encore exclu qu’ils puissent prendre la tête de l’équipe durablement, les anciens adjoints de Goutta seront certainement renforcés d’un nouveau manager en cas de nouveaux échecs. De là à dire qu’il est acceptable de laisser se défendre une équipe amputée d’un manager de caractère et expérimenté, au moment où on parle de jouer le maintien… Le sujet est complexe. Alors combien de temps avant une nouvelle valse des entraineurs ?

La valse des entraîneurs au SUA depuis 2019 // Infographie Quidam l’Hebdo

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