RN 21 : un aménagement si prégnant que ça sur la section Croix-Blanche-Monbalen ?

Bientôt deux mois que les travaux du créneau de Monbalen ont officiellement démarrés, à proximité immédiate de la RN 21. Un chantier qui constitue la dernière phase de l'aménagement La Croix-Blanche – Monbalen. Mais les débouchés attendus sont-ils à la hauteur de l'enveloppe dédiée à ce projet global (36M€) ?

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RN 21, quand tu nous tiens… Cette route et le Lot-et-Garonne, c’est toute une histoire qui a débuté dans les années 1980. Un axe conséquent vu comme une clé pour « rapprocher » l’Agenais du Villeneuvois et ainsi désenclaver progressivement le territoire. Cette route est en constante évolution depuis plusieurs dizaines d’années. Encore aujourd’hui, les chantiers programmés s’étalent jusqu’en 2029, et cela, sans compter les potentiels, voire habituels, retards. Pour l’heure, c’est la section La Croix-Blanche – Monbalen, prévue dans le Contrat de plan État-Région (CPER 2015-2020), qui est à l’honneur depuis plus d’un an désormais. Tout a commencé l’an passé donc, avec le chantier de construction du giratoire et l’agrandissement des bassins de traitement des eaux de ruissellement à La Croix-Blanche. Achévée en octobre 2023, cette première étape d’aménagement de la section n’était que l’amorce d’une seconde, cette fois un peu loin sur le tracé de la RN 21. On parle là du gros morceau section, celui qui comprend la nouvelle route entre le rond-point de Saint-Antoine, dit des Garrostes, et la friche du Club 47 de Monbalen. Certes, un chantier qui a mis du temps à germer (la concertation pour ces travaux ayant commencé au début des années 2000), mais un chantier qui est bel et bien là, les ouvriers et engins s’étant amassés sur la zone début avril.

La route ne fait pas le moine

Cette nouvelle opération comprend notamment l’aménagement de la nouvelle section à 2×2 voies des créneaux de dépassement de Monbalen, sur 2,1km, entre le carrefour giratoire des Garrostes à réaménager au Sud de la déviation de Sainte-Antoine-de-Ficalba et le nouveau carrefour giratoire à créer sur la commune de Monbalen, au niveau de la friche du Club 47. L’objectif, une mise en service de l’ouvrage fin 2025. « Le reste de l’année 2024 sera occupé par les travaux de terrassement, puis en 2025, ce sera au tour de l’installation des enrobés et panneaux de signalisation », précisait David Goutx, directeur régional délégué de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement pour la Dreal Nouvelle-Aquitaine.

Quant au coût du projet global, c’est peut-être là que le bât blesse. Des travaux de la Croix Blanche jusqu’à Monbalen, 36M€ sont nécessaires aux différentes réalisations, dont les charges sont découpées entre l’Etat (60 % ), le Conseil départemental de Lot-et-Garonne (26%), l’Agglomération d’Agen (11,5 %) et la Communauté d’Agglomération du Grand Villeneuvois (2,5 %). Pour autant, outre la création des deux ronds-points, le gros morceau, comme nous l’avons dit, réside en la confection de cette nouvelle section 2×2 voies. Mais avec une longueur prévisionnelle de 2,1km, contre 2,5km en utilisant le tracé actuel, y a-t-il réellement nécessité à créer une deuxième portion de route à prix fort ?

Des interrogations qui datent

Si l’on remonte 10 ans en arrière, en juillet 2012, le dossier de concertation de la DREAL, concernant les aménagements entre Agen et Villeneuve-sur-Lot témoigne d’un faible intérêt de la part des municipalités avoisinantes (NDLR, La Croix-Blanche et Saint-Antoine-de-Ficalba) pour le tracé qui sort actuellement de terre, parmi les trois variantes d’aménagement proposées à l’époque. En ressortaient notamment des a priori quant aux impacts sur les espaces agricoles. A ce jeu-là ; il semblerait que ce soit la commune de Monbalen qui ait touché le gros lot, poussant déjà à l’époque pour le tracé que l’on connaît aujourd’hui : « Il s’impose pour conserver une desserte satisfaisante de l’ensemble du canton de Laroque-Timbaut », y pouvait-on lire. En 2022, encore, des critiques vis-à-vis de cet élément remontaient en concertation publique. Des observations visibles aujourd’hui sur les bilans de concertation en ligne sur le site de la DREAL (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) Nouvelle-Aquitaine. On y trouve pêle-Mêle : « J’ai du mal à comprendre la précipitation sur la partie Monbalen, probablement « élargissable » en partie pour un créneau de dépassement et dont le projet actuel risque de dénaturer les environs. » ; « Ce n’est pas sur cette partie que l’on rencontre le plus de difficultés de circulation, sauf au niveau des entrées latérales qui sont sûrement aussi aménageables à un coût inférieur au tracé prévu. » ; « La 2×2 voies est une aberration totale car l’on sacrifie la nature sous prétexte de faire gagner une minute aux usagers, tout en polluant davantage. »

Un atout pour le désenclavement ?

Alors comment répondre à cela ? Vraisemblablement, au sein des différentes parties qui financent le projet, chacun semble y trouver sa justification. Pour certains, c’est le désenclavement du territoire qui est nerf de la guerre dans cette affaire. Ainsi, multiplier les axes permettent aussi de fluidifier le trafic. Il y a un mois, Guillaume Lepers, président de l’Agglomération du Grand Villeneuvois, rappelait cet enjeu primordial sur son territoire  « qui n’a pas d’autoroute, pas de desserte ferroviaire sérieuse, pas d’aéroport, juste une RN 21 pour rapprocher les citoyens entre eux. » Des propos que rejoint Daniel Barnier, préfet de Lot-et-Garonne : « Cette RN 21 est un outil de développement économique pour le Lot-et-Garonne. En 47, la route fait office d’outil de rapprochement de nos activités, on pense ainsi à tous les secteurs agroalimentaires de la Vallée du Lot. » Et au Département, même son de cloche, c’est le désenclavement qui prévaut : « C’est aussi une question désenclavement du territoire local, en fluidifiant les accès et sorties des communes à proximité », ajoute quant à elle Bénédicte Laurens, directrice générale adjointe des infrastructures et de la mobilité.

La sécurité avant tout

C’était le leitmotiv originel du projet, ça l’est encore aujourd’hui : sécuriser l’axe, notamment sur ce tronçon qui voit passer 9000 véhicules par jour, dont 10% de poids-lourds. « La mise en 2×2 voies, permettra de sécuriser au maximum cet espace. Car, pour le moment, la froideur des statistiques démontre que nos installations routières ne sont pas assez sécurisées, assume le préfet de Lot-et-Garonne. Les travaux de la RN 21 sont plus que jamais d’actualité. Parce qu’elle n’est pas correctement sécurisée, elle a connu trop de morts et d’accidents. » A vous de faire votre avis maintenant, mais les intentions de base, elles, sont claires, désenclaver, fluidifier et sécuriser.

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