Agen : la nouvelle offre de mobilité adoptée timidement en conseil d’Agglo

Jeudi dernier, les élus de l’Agglomération se sont penchés sur le délicat dossier de la mobilité. Une refonte complète qui n'a pas reçu une franche majorité de votes positifs mais qui sera effective au printemps 2026.

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« Un choc de l’offre », voilà ce que souhaite le président de l’Agglomération d’Agen Jean Dionis pour la nouvelle délégation de service public (DSP) pour le transport en commun. Depuis 2006, la gestion des transports en commun dans le cadre d’une DSP est assurée par Kéolis. Cette DSP arrive désormais à son terme. Un nouveau cahier des charges a été élaboré pour la prochaine DSP. Jeudi dernier, les élus ont alors dû se pencher sur la question afin de lancer les consultations pour un nouveau prestataire.
Mais pourquoi ce grand chamboulement ? « C’est une délibération importante. Cela concerne une politique publique importante, universelle même, qui concerne tout le monde », expliquait le président en amont du conseil pour présenter le projet à la presse. Le président de l’Agglomération a d’abord pointé qu’il s’agissait « d’une dépense totale de 8M€ pour un service d’une efficacité médiocre ». Un problème d’efficacité qui n’incombe pas au prestataire mais plutôt à une somme globale de grains de sable dans l’engrenage. « Le rôle est assuré pour les trajets domicile-école, mais pour le reste, le compte n’y est pas. »
En cause ? « Trop de cabotage, trop d’arrêts, pas assez rapide ». L’Agglomération a en effet réalisé un diagnostic du service en amont et relevé plusieurs problématiques : un réseau de transports en commun non compétitif pour se rendre aux pôles d’emplois, des horaires non adaptés aux besoins des entreprises notamment celles qui travaillent en 3×8, des horaires décalés des entreprises ne facilitant pas les regroupements, une amplitude horaire trop importante liée à des trajets trop longs pour les circuits scolaires (ex : collégiens résidant à Layrac et Astaffort), un transport à la demande ne répondant pas aux besoins de rendez-vous (ex : médecin à Astaffort ou visite/course sur une courte durée), des associations d’aide alimentaire éloignées du réseau de transport collectif (Zone Industrielle de Boé Avenue Georges Guignard), un manque de communication sur les services de mobilité existants, et une nécessité de poursuivre les efforts de mise en conformité au regard de l’accessibilité PMR.

Quels changements proposés ?

Une fois le diagnostic posé, quel remède propose donc l’Agglo pour réajuster le tir ? Pour Jean Dionis, cela passe donc par ce fameux « Choc de l’offre ». Cela passe par l’optimisation du tracé des lignes afin d’être plus direct, plus efficace et plus rapide, le développement de l’intermodalité (parkings relais avec offre multiservices), la préservation des voies ferrées pour une réouverture au trafic fret, voire voyageurs (étude Agen – Auch en cours et modernisation prévue de Périgueux – Agen), l’évolution de la tarification du réseau de transport collectif urbain pour renforcer son attractivité, l’approfondissement de la connaissance des usages et des besoins des habitants, avec notamment une étude spécifique sur les heures creuses, la prise en compte accrue de l’accessibilité des personnes en situation de handicap dans nos actions de mobilité, et l’amélioration de la communication et de l’information sur les réseaux de transport collectif. « On avance souvent la cible des personnes âgées pour l’accessibilité des transports en commun mais c’est une erreur de fond. Ce sont les actifs et les jeunes, pas Tatie Danielle, pour qui nous voulons développer le transport à la demande, qui deviendra le transport sur réservation. »

Le problème Boé, Bon-Encontre et Le Passage

Le principal problème de cette nouvelle DSP résidait dans le mécontentement des communes de Boé, Bon-Encontre et Le Passage. Toutes trois de la première couronne dénoncent des suppressions de lignes sur certains quartiers : La Couronne, la Cité, Saint-Pierre de Gaubert et Boé Village pour Boé, qui verrait une ligne passer plutôt par la 813 et Bellevue, Ganet, Béoulaygues, Tounis, Monbusq pour Le Passage, qui perdrait la ligne 10. En amont du conseil, Jean Dionis avançait que Boé restait tout de même relativement gagnante avec 4 lignes maintenues et que des mouvements avaient été actés concernant les problématiques du Passage, notamment en rétablissant la ligne entre la Demie Lune et la mairie de Roquefort dans le projet.

76 % pour et 24 % contre

Le débat en conseil a donc été aussi intense que l’importance de cette délibération pour l’Agglomération. Après près de 5 heures de conseil, ce sont finalement 57 élus de l’Agglo qui ont voté pour et 18 contre. Comme on pouvait s’y attendre, les maires de Boé et du Passage ont été parmi les premiers à prendre la parole. « On veut des lignes plus rapides. Quand on passe de 15 km/h à 18 km/h, on va gagner 3 minutes dans le bus alors que nous allons chercher le bus bien plus loin que là où on va le chercher aujourd’hui », a commencé la maire de Boé, Pascale Luguet. « Deuxième chose, pourquoi doubler les bus sur les périodes creuses ? Pour cela, on nous a proposé de modifier les lignes de bus pour les rendre plus nerveuses mais je le dis et je l’affirme : elles seront plus rapides mais combien plus dangereuses. » L’édile a également souligné les nouveaux passages sur l’avenue de Bigorre, l’avenue de Guignard et notamment la 813 : « ces voies ne sont pas du tout aménagées, il faut les mettre en conformité, cela aura quand même un certain coût : nous sommes à plus d’1M€ pour seulement la 813 avec les aménagements de feux tricolores, les passages piétons, sans savoir où seront les arrêts de bus. Je dis « les » mais peut-être n’en aurons-nous qu’un. » À la fin de son intervention, l’édile a souligné le positionnement de 800 Boéïens sur la pétition lancée contre ces nouveaux tracés de bus. « Que fait-on de l’avis de ces Boéïens ? »

« Aujourd’hui, ma commune fait 10 000 habitants et demain, les bus emprunteront les deux départementales qui passent par ma commune sans pénétrer dans les bassins de vie. L’avenue des Pyrénées longe des quartiers d’une extrême densité dans lesquels le bus passe aujourd’hui », commence l’édile passageois. « On me dit qu’il y aura six minutes jusqu’au premier arrêt. On est plutôt sur du 17 minutes pour certains quartiers en marchant bien. Or, ce qui fait l’attrait de notre transport public, c’est la qualité du service. Je suis d’accord, il y a la rapidité et la nervosité des lignes, mais il y a aussi l’accessibilité des lignes. Une ligne rapide et nerveuse dans laquelle on ne peut pas monter, cela n’a pas de sens. La mairie ne sera plus desservie, le CCAS… »

Un point soulevé par Christian Delbrel, le maire cassipontain, devrait être à coup sûr réexaminé : celui de la suppression de l’arrêt du CHD de la Candélie, rejoint par Bruno Dubos en avançant un véritable enjeu de santé publique.

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