
Une petite table au milieu d’une grande salle, quelques minutes de présentation et de réponses à des questions posées par un jury d’une quinzaine de personnes… À la clé, des prêts pouvant s’élever à 15 000 € et une bien meilleure crédibilité auprès des banques. C’est le genre de moment qu’un néo-entrepreneur craint au moins autant qu’il l’attend. Pourtant, l’évènement n’a rien d’un examen. Il s’agit plutôt d’une rampe de lancement.
Initiative Lot-et-Garonne est une antenne départementale du Réseau Initiative France. L’association se donne pour mission de « proposer à un créateur ou un repreneur d’entreprise un prêt d’honneur sans intérêts ni garanties, et à l’accompagner dans la réussite de son projet, depuis son intention jusqu’à sa réalisation ». Les sommes allouées permettent à leurs bénéficiaires de constituer des capitaux et une trésorerie, absolument indispensables au lancement d’une activité dans les meilleures conditions.
De grands professionnels à l’écoute

Pour arbitrer les décisions, les candidats sont reçus individuellement. L’équipe salariée d’Initiative Lot-et-Garonne, composée de Nicolas Woloszyn, Laurence Delsanto et Marion Gosselin, prépare le terrain avec une étude préalable approfondie, comprenant même le bilan financier et le prévisionnel. Le comité d’agrément, lui, statue. Il est animé par des chefs d’entreprise bénévoles, certains à la retraite, d’autres encore en activité. Issus de secteurs d’activités différents, ils incarnent une certaine forme de réussite mais disposent surtout d’une expérience précieuse. En témoigne la session automnale à laquelle nous avons pu assister.
Ce jour-là, six dossiers ont été analysés : quatre hommes de 40 à 49 ans, et deux femmes de 24 et 42 ans. Toutes et tous sont venus avec le sourire et, pour certains, quelques pointes d’appréhension palpables. Il faut dire que l’enjeu est de taille. La priorité des membres du comité est de comprendre la démarche. Pour cela, armés d’un bref CV et d’un briefing contextuel écrit, ils abordent l’aspect humain. Les différents cas revêtent tous un caractère unique.
Des dossiers sans obstacle
Cadette de la session, Justine Moyet s’est présentée avec le projet de reprise d’une boutique de fleurs à Aiguillon, dont la gérante part à la retraite. Il y a un peu plus d’un an, elle était encore apprentie dans un commerce similaire du côté de Casteljaloux. Mais malgré son âge, la jeune femme a su délivrer un discours très structuré : choix des fournisseurs, nouvelles prestations, site internet marchand, organisation entre travail en magasin et livraisons… Bluffés, les membres du comité n’ont pas manqué de saluer sa « grande maturité » en plus d’un choix de lieu stratégique avec une concurrence éloignée.
Dans un autre registre, Noémie Baland a décidé de prendre un grand virage dans sa carrière professionnelle. Après le commerce et l’éducation, elle se tourne désormais vers la cuisine. Sans reprendre le fonds de commerce, elle poursuit une activité existante, « Les merveilles de Valérie ». Pour ce faire, elle sollicite un emprunt pour racheter la ligne de production de sa prédécesseure et l’installer dans son propre laboratoire. Le process de fabrication est maîtrisé, une solide base de clients est là pour assurer un démarrage rapide et de nouvelles pistes de développement sont déjà dans les cartons. Là encore, pour le comité, c’est un grand oui.
Toujours au rayon des décisions unanimes sans hésitation, le projet d’installation à son compte d’un chauffagiste après plus de vingt ans comme salarié dans la même entreprise. En parfaite maîtrise de son sujet, Patrick Clément a expliqué vouloir se concentrer sur son cœur de métier, à savoir le dépannage et l’entretien de chauffage, climatisation et piscine ainsi que le ramonage.
Le sens du détail
Les questions du comité sont parfois très précises et pragmatiques comme le calcul d’un taux horaire, les espaces de stockage, une capacité de production, les actuelles sources de revenus le temps de se dégager un salaire… Cela permet de voir si les candidats ont pris le temps d’étudier tous ces aspects en amont et de lever certaines interrogations. Par exemple, le comité s’est demandé pourquoi l’un des porteurs de projet du jour a racheté pour une somme modique le fonds de commerce d’une société de prestation dans le bâtiment au lieu de monter sa propre structure. L’intéressé a expliqué qu’au-delà du nom, cela incluait la reprise de 400 contrats en cours avec une redevance annuelle. Néanmoins, un volet annexe a suscité des discussions. Embaucher le cédant sous contrat pour assurer la transition n’allait-il pas conduire le repreneur à devoir lui payer l’intégralité de ses indemnités de départ à la retraite ? Le genre de détail caché qui peut nuire au bon lancement d’un business. « Notre rôle n’est pas seulement de financer des dossiers qui roulent tout seul. Nous sommes aussi là pour donner un coup de pouce à des projets un peu plus risqués, à condition que le potentiel existe », souligne le comité.
Prévenir les échecs annoncés
Parfois, le risque est tout simplement trop grand… Accorder les financements reviendrait alors à envoyer le candidat « au casse-pipe ». C’est ainsi que la reprise d’un garage automobile n’a pas été soutenue financièrement. Certaines approximations de l’entrepreneur en matière comptable ont semé le doute. Mais ce sont surtout les conditions de reprise, avec des loyers de location-gérance très élevés et un compte de résultat passé suspect qui ont poussé le comité d’agrément à ne pas se prononcer favorablement. Et ce, dans l’intérêt du candidat.
Ce qui ressort de cette journée, c’est avant tout la bienveillance des membres d’Initiative Lot-et-Garonne. Ces derniers ne demandent qu’à voir les porteurs de projet réussir. Ils ne les laisseront d’ailleurs pas livrés à eux-mêmes puisque tout au long de la durée de remboursement des prêts d’honneur, ils suivent les résultats comptables et peuvent, en cas de difficultés, apporter une aide technique pour redresser la barre.





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