La présidente Magalie Pellicier, entourée d’Albert et Eugénie Peslier, que l’on retrouve à l’animation des vidéos sur les réseaux sociaux du collectif.
Quidam l’Actu. : Qu’est-ce qui vous a poussée à créer l’association Sauvons le quartier du Pin ?
Magalie Pellicier. : J’habite le quartier avec mon mari et mes enfants depuis 2011. Au fil des années, nous avons vu le secteur se dégrader, tant sur le plan du cadre de vie que de l’attractivité. J’ai d’abord essayé d’alerter seule les pouvoirs publics, notamment l’ancienne municipalité, mais je me suis rapidement rendu compte qu’une voix isolée ne suffisait pas. J’ai alors rencontré d’autres habitants et commerçants qui partageaient les mêmes préoccupations. Ensemble, nous avons décidé de créer un collectif pour porter une parole commune et proposer des solutions concrètes. Très vite, les habitants ont répondu présents et une véritable dynamique s’est créée.
Q.A. : Aujourd’hui, combien comptez-vous d’adhérents et quel profil retrouve-t-on au sein du collectif ?
M.P. : Nous avons environ une soixantaine d’adhérents. Ce sont principalement des riverains et des commerçants, mais aussi des personnes qui fréquentent régulièrement le quartier et qui souhaitent participer à son renouveau. Nous avons même des usagers du centre-ville qui nous soutiennent parce qu’ils sont attachés à ce secteur d’Agen. Je dirais même qu’on a trop de demandes d’adhésion par rapport à notre capacité de réponse pour le moment (rires).
Q.A. : Quelles sont les principales missions que vous vous êtes fixées pour le quartier du Pin ?
M.P. : Nous travaillons sur plusieurs fronts à la fois, car les problématiques du quartier sont multiples. Différents groupes de travail ont été constitués et se réunissent régulièrement : urbanisme, sécurité et cadre de vie, animation, communication ou encore commerce. Nous échangeons avec les habitants, les commerçants, les associations et les institutions. Notre objectif est d’apporter une expertise issue du terrain. Nous nous sommes notamment penchés sur la question du logement. Nous avons recensé les logements vacants et étudié l’évolution du parc immobilier. Selon nous, la multiplication des petites surfaces a contribué à faire partir les familles du quartier. Nous réfléchissons également à l’avenir de la place du Pin et aux moyens de rendre cet espace plus attractif. On travaille aussi sur la question des commerces vacants et des vitrines fermées, qui participent au sentiment de déclin du secteur.
Aussi, avant même les récents faits divers, nous avions réalisé un important travail sur le volet sécurité. Nous avons mené un micro-trottoir, réalisé un questionnaire auprès des habitants et rassemblé de nombreux éléments factuels sur la situation du quartier. L’objectif était d’apporter des constats concrets plutôt que de parler uniquement d’un « sentiment d’insécurité ». Le tout a été remis à la mairie.
Q.A. : On a tendance à évoquer ce quartier en mal. Selon vous, quels sont aujourd’hui ses principaux atouts, parfois méconnus des Agenais ?
M.P. : Son premier atout est sa situation géographique. Nous sommes à proximité de la gare, des établissements scolaires, du cinéma, du théâtre et du centre-ville. Tout est accessible à pied. C’est un emplacement exceptionnel. Il y a aussi une richesse humaine et culturelle importante. Le quartier est marqué par une vraie diversité sociale et culturelle que nous considérons comme une force. Nous voulons montrer qu’au-delà des faits divers, il peut exister ici une véritable vie de quartier.
Q.A. : Vous avez organisé le 6 juin la première Fête de la culture dans le quartier. Quel était l’objectif de cet événement ?
M.P. : L’idée était de faire revenir du monde au Pin et de montrer une autre image du quartier. Nous voulions que les habitants se réapproprient l’espace public et que les visiteurs découvrent la richesse culturelle du secteur. La journée a réuni un vide-bibliothèque et vinyles, des spectacles, du slam, de la poésie, des concerts, des démonstrations de danse, des animations pour enfants, une exposition photo, des échecs géants ou encore la réalisation d’une œuvre collective. Nous avions aussi la Maison de l’Europe ainsi que plusieurs acteurs locaux. Il y avait de l’animation en permanence sur le boulevard.
Q.A. : Quel bilan tirez-vous de cette première édition ?
M.P. : Il est très positif. Compte tenu du contexte récent et des événements dramatiques qui ont marqué le quartier ces dernières semaines, nous craignions que la fréquentation soit limitée. Pourtant, les visiteurs sont venus et surtout, ils sont restés. C’est ce qui nous a le plus marqués. L’ambiance était conviviale, presque familiale. Plusieurs commerçants nous ont confié qu’ils n’avaient jamais vu autant de personnes s’attarder sur cette partie du boulevard lors d’un événement.
Cette Fête de la culture a vocation à devenir un rendez-vous annuel. Nous travaillons également sur plusieurs projets pour la rentrée, notamment autour du cinéma, de débats, du rugby avec le SUA et d’autres animations culturelles. Les idées ne manquent pas. Ce qui est encourageant, c’est que de nombreuses personnes souhaitent désormais s’investir. Cela nous permet d’imaginer beaucoup de projets.
Q.A. : La municipalité Bruneau a affiché sa volonté de redynamiser la place du Pin. Comment vous positionnez-vous face à ces projets ?
M.P. : Nous sommes dans une démarche constructive. Les échanges avec la municipalité sont réguliers et nous trouvons les élus à l’écoute. Nous souhaitons être associés aux réflexions parce que nous vivons et travaillons dans ce quartier au quotidien. Nous pouvons apporter un regard complémentaire sur les besoins réels des habitants. Mais il est vrai que nous constatons également une réactivité sur certains sujets concrets du quotidien. Cela crée un dialogue qui nous paraît sain comparé à ce que nous avons pu connaître auparavant.
Q.A. : Quelles sont aujourd’hui vos principales attentes pour l’avenir du quartier ?
M.P. : Nous souhaitons avant tout un projet global et cohérent. Cela passe par un urbanisme maîtrisé, une véritable réflexion sur les logements, le retour des familles, la requalification des espaces publics et la revitalisation commerciale. Nous voulons aussi que la place du Pin retrouve sa vocation de lieu de vie populaire et convivial. Pour les plus jeunes, il manque également des lieux de rencontre et des activités culturelles ou de loisirs. C’est un point important pour l’avenir. Finalement, on veut recréer de la fierté et de l’envie autour du quartier. Nous sommes convaincus qu’il possède tous les atouts pour redevenir un secteur dynamique et attractif d’Agen. On sait que cela prendra du temps. Le collectif est né d’une inquiétude, mais aujourd’hui il est surtout porté par beaucoup d’espoir.







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