Samir Ziani : Dans la tête d’un champion avant le grand jour

Le boxeur Villeneuvois est en ce moment même à Dubaï, où il aff rontera ce samedi 17 décembre l’Australien Paul Fleming pour un combat décisif dans sa carrière. Il nous révèle les clés de sa mise en condition dans les derniers instants.

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« Tous les jours, je pense à la défaite. » Cette déclaration de Samir Ziani a de quoi surprendre… Le boxeur villeneuvois est avant tout connu pour son côté conquérant. Invaincu depuis 6 ans avec un palmarès qui force le respect (4x champion de France, 3x champion d’Europe), il n’est pas vraiment du genre à se laisser abattre. Pour comprendre cette phrase, il faut donc moins y voir l’aveu d’un grand trac qu’une véritable stratégie mentale. Au-delà de son talent pour faire parler les gants, Samir se pose comme un athlète très réfléchi en-dehors du ring, capable de nager à contre-courant pour bâtir une carrière à la hauteur de ses ambitions. Quand certains considèrent l’échec comme un tabou, surtout dans les sports de combat, le Villeneuvois, lui, en parle très sereinement et voit même cela comme une force.

« A l’image d’un carrousel en perpétuel mouvement, je pense sans arrêt à ce qui peut m’arriver, explicite-t-il. Tous les jours, j’envisage ainsi la défaite. Je mets ça en perspective avec ce que j’ai accompli : mon parcours jusqu’ici dans la boxe, mon business, ma famille, mes partenaires qui sont devenus des amis… Je me dis que je n’ai pas le droit à l’erreur pour eux. Je mets de ce fait tous les ingrédients de mon côté pour gagner, y compris les petits détails qui peuvent faire basculer le duel. Si ça ne fonctionne pas, c’est que mon adversaire se sera montré meilleur et je n’aurai aucun regret. »

Garder les pieds sur terre

Relativiser, c’est bien aussi. Après tout, les plus grands ont déjà perdu : Mohamed Ali, Myke Tyson, Sugar Ray Robinson… Une défaite ne signifie pas la fin de l’aventure. Et ça, Samir le sait aussi. Ce savant mélange entre une détermination sans faille, une grande confiance en soi mais aussi une certaine lucidité sur la réalité du haut-niveau est l’une des clés de sa réussite. Très tôt dans sa carrière, l’enfant prodige a su se montrer mature.

« Déjà, à 22 ans, beaucoup de gens me disaient de m’installer à Los Angeles, que c’était le mieux pour moi si je voulais réussir. Mais cela ressemblait surtout à de la poudre aux yeux. En cas d’échec, qui m’aurait soutenu là-bas ? Personne. J’aurais été bon pour rentrer à la nage ou attendre que ma mère vienne me chercher… Je préférais rester humble et proche de mes racines. J’avais un poste de médiateur social à la mairie de Villeneuve alors dirigée par Jérôme Cahuzac, et j’y tenais beaucoup car cela m’a aidé à me structurer en tant qu’homme, en plus d’apporter un peu à la communauté. Et puis je voulais respecter les échelons : d’abord être roi chez moi avant de conquérir le monde », raconte l’intéressé.

Patiemment, sans se précipiter, Samir a donné corps à son projet entamé lorsqu’il avait 16 ans à peine. Le fait de rester aux commandes de sa carrière sans promoteur et de monter sa propre entreprise en parallèle de la compétition (voir ci-après) sans oublier son rôle de père dans le privé l’aide à garder les pieds sur terre et le sens des réalités.

Savourer la pression

A 32 ans, il se retrouve aujourd’hui aux portes des championnats du monde, le Graal de tout boxeur. Et là encore, pas question de brûler les étapes. Au cours de l’année écoulée, les propositions ont été nombreuses pour le détenteur de la ceinture intercontinentale IBF des super-plumes. « J’ai préféré attendre le bon combat et les bonnes conditions pour accepter afin de maximiser mes chances. » A Dubaï, considérée par certains comme la nouvelle Mecque de la boxe derrière Las Vegas tant les Emirats investissent dans la discipline, le Lot-et-Garonnais aura un véritable coup à jouer pour la suite de son périple sportif. De quoi installer une certaine pression. « Plus l’échéance approche et plus je ressens cette pression. Je ne cherche pas à l’éviter. Elle fait monter l’adrénaline et j’aime ça ! », assure Samir.

Frustration volontaire

Une excitation qui se mêle à une frustration volontairement installée par le combattant et son équipe. L’intense préparation des derniers mois a laissé place à un programme beaucoup plus léger. « On fait ce que j’appelle de l’aff ûtage, de la mécanique de précision. On règle les ultimes détails techniques, stratégiques et mentaux avec un temps de boxe très réduit. Le but est d’abord de ne pas taper dans les ressources. Mais cela crée aussi une certaine frustration très intéressante à exploiter. » Habitué toute l’année à une très haute dépense physique, Samir génère délibérément un manque, qui s’accentue de plus en plus dans les derniers instants. Arrivé ce lundi dans le Golfe avec son staff , il n’a plus famille ni ami autour de lui pour se changer les idées. « Je suis comme un lion en cage. En entrant sur le ring samedi, j’aurai faim comme jamais ! »

Manger quand les autres s’affament

Faim n’est peut-être pas tout à fait le mot juste. Car contrairement à une pratique très répandue dans le Noble art, Samir n’a jamais cherché à descendre de catégorie. La plupart des boxeurs n’hésitent pas à se lancer dans des régimes draconiens pour passer la pesée avant de reprendre de la masse dans le but de profiter d’un avantage de taille et de force. « Si je faisais la même chose, je ne serais certainement pas le plus petit à chaque combat comme c’est le cas aujourd’hui. En revanche, en choisissant de rester toujours autour de mon véritable poids de forme, j’évite les montagnes russes qui stressent énormément l’organisme et qui provoquent de la fatigue. Pendant que mes adversaires se privent, je mange bien, je prends de l’énergie. Cela permet de ne pas se dégoûter de la compétition. Dans le même esprit, j’ai toujours fait en sorte de ne pas m’entraîner au-delà du raisonnable. Je préserve ainsi mon corps. D’un point de vue mental, je ne pense pas en termes de sacrifices ou de fardeau. La boxe reste un jeu qui me procure beaucoup de plaisir au quotidien. » A court comme à long terme, cela peut faire toute la différence.

Retrouver le visage du jeune Samir

Dans les jours qui précèdent le combat, les doutes commencent à se faire sentir. « On se demande si on n’est pas passé à côté de quelque chose. Ce n’est pas une science exacte donc on ne peut jamais être serein à 100%, surtout quand on est un éternel insatisfait comme moi. » Pour pallier cette diffi culté, certains se rassurent avec des petits rituels qui frôlent parfois la superstition. Rien de tout cela chez Samir. « Je me laisse aller au gré de mes humeurs. Je ne veux pas m’imposer quelque chose qui ne serait pas en accord avec mon état d’esprit du moment. D’un combat à l’autre, je ne fais jamais rien d’identique », avance-t-il.

La seule petite habitude notable est… capillaire. « Systématiquement, je me rase et me coupe les cheveux. Ça ne plaît pas trop à ma femme qui me préfère avec de la barbe… Si je fais ça, c’est pour retrouver dans le miroir le visage du jeune Samir, qui voyait grand et rêvait d’être là. Même si le temps passe et que je mûris, je reste fi dèle au guerrier que j’étais à cette époque. C’est de la manipulation psychologique. » Jusqu’à présent, cette méthode lui a plutôt réussi…

Un coach mental qui n’est autre que… lui-même

Tout le monde connaît le Samir boxeur, beaucoup découvriront bientôt le Samir entrepreneur. Fort de son expérience dans le sport de haut niveau, le jeune homme a décidé il y a quelques mois d’ouvrir sa propre salle dédiée au coaching en développement personnel. Dans ce local situé rue d’Agen à Villeneuve-sur-Lot, il dispense des séances individualisées pour aider ses clients à mieux se sentir dans leur corps. Au programme, de la boxe bien sûr mais aussi une approche bien particulière pour se reprendre en main et appréhender les évènements de la vie. « Les conseils que je donne, je me les applique à moi-même au quotidien et c’est ce qui m’a permis d’atteindre ce niveau dans le sport. » Grâce au bouche-à-oreille, il peut aujourd’hui compter sur une belle clientèle de fidèles qui s’accroît de jour en jour.

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