Maisons, centres et pôles de santé en Lot-et-Garonne, une réussite à toute épreuve ?

Ils font petit à petit profusion dans le département. Ces établissements et pôles qui concentrent l'activité des professionnels de santé se veulent être des solutions efficaces sur les zones marquées par une faible densité médicale. Un succès logique ? Premiers éléments de réponse.

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Maison de santé, centre de santé, pôle de santé, autant d’appellations pour des nuances claires. En effet, les maisons de santé pluridisciplinaire (MSP) et les pôles de santé sont des regroupements fédérés autour d’un « projet de santé » commun aux professionnels de santé libéraux. Mais ils présentent des différences. Une maison de santé est un lieu physique d’exercice qui rassemble plusieurs professionnels de santé libéraux, comme des médecins généralistes ou spécialistes, des infirmières, des pharmaciens, etc. Un pôle de santé, lui, est un regroupement de professionnels de santé unis par les mêmes règles et objectifs de fonctionnement que ceux d’une maison de santé, mais avec un exercice dans et (ou) hors les murs. Il n’implique pas le regroupement dans un seul lieu des professionnels qui y sont attachés. En pratique, une MSP peut donc s’intégrer dans un pôle de santé.

Quant aux centres de santé, enfin, le principe reste le même mais le statut des professionnels diffère. En cause, dans un centre de santé municipal ou associatif, les médecins sont salariés. Qu’importe la structure, tous sont unis par une charte, un projet de santé et des objectifs opérationnels concernant la santé des patients.

Aujourd’hui, le Lot-et-Garonne compte 24 maisons de santé publiques ouvertes aux quatre coins du département, dont une avec antenne à Caudecoste. Seules quatre, à Marmande, Bon-Encontre, Roquefort et Lacapelle-Biron, sont privées. Trois autres établissements sont en projet dont un avec antenne à Beauville. « Le Département a pris en charge la démographie médicale à partir de 2009, notamment pour faciliter la création de ces MSP », précise Annie Messina-Ventadoux, conseillère départementale en charge des personnes âgées et de la démographie médicale. » Pour ce qui est des centres de santé, cette fois, huit sont répertoriés dans le département. Des dispositifs qui ont su faire leur preuve, puisqu’avec eux, le nombre de médecins généralistes est resté au-dessus du seuil des 200 (208 à l’heure actuelle en Lot-et-Garonne : 26 en cabinet libéral et 14 en MSP). Cependant, cette solution a ses limites : « Les maisons et centres de santé sont une très bonne avancée pour la lutte contre la désertification médicale et sont déjà très prisés du public et des médecins qui veulent du salariat, mais on s’est rapidement rendu compte qu’au niveau du maillage territorial, cela n’avait pas suffi. Aujourd’hui, on a besoin d’en faire plus », commente l’élue au Département.

Les maisons et centres de santé en Lot-et-Garonne.

Le pari du centre/pôle de santé de Foulyaronnes

Pour certaines communes, les centres de santé sont tout de même une réussite frappante. Emblématique parmi les projets de ce type : celui de Foulayronnes, pour la simple et bonne raison qu’il comprend tout autant un centre de santé municipal, qu’un pôle de santé et bien-être. Une décision rare, même novatrice dans le département, impulsée par la municipalité il y a quelques années. « En 2019, du jour au lendemain, on s’est retrouvé sans médecin généraliste. Il nous a fallu trouver une solution rapide et on a décidé de créer un centre de santé municipal, donc rempli de professionnels salariés par la commune. On a petit à petit installé le centre sur la zone de l’ancien Intermarché, qui elle, était divisée en plusieurs parcelles : publics pour le centre de santé et privées pour les acteurs extérieurs de la santé qui souhaitaient se positionner sur ce qui deviendrait le pôle de santé, le tout en un même lieu », résume le maire foulayronnais Bruno Dubos. Un choix audacieux sur le papier : « Je pense qu’il y a de la place autant pour les libéraux que pour les salariés. Pour nous, il n’y a pas de concurrence entre les deux. On ne voulait pas se limiter, mais plutôt miser sur tout le panel de professionnels qui existe. »

C’est ainsi que Grand Optical a fait son apparition, au même titre qu’un prothésiste audio, alors que la ville ne comptait pas d’offres similaires auparavant. Plus tard, c’est au tour d’un cabinet de dentistes et un cabinet infirmier de sortir de terre. Aussi, d’ici la rentrée, l’Ordre des dentistes quittera son habituel Villeneuvois pour s’installer sur le pôle de santé foulayronnais. Quatre autres parcelles foncières restent à vendre. Une est d’ailleurs réservée pour le pôle petite enfance. Pour le reste, les futurs acquéreurs exerceront forcément dans la même thématique de la santé et du bien-être.

Et cela n’empêche pas le centre de santé de fonctionner idéalement : « la mairie s’occupe de ce qui est administratif, recrutement des professionnels, gestion des patients, etc. Aujourd’hui, on a quatre médecins généralistes (un cinquième fera son arrivée cet été), deux gynécologues, deux sages-femmes, deux secrétaires médicales, le tout, référencé sur Doctolib. C’est une structure en plein essor », assure Jean-Philippe Simon, adjoint à la Ville pour la promotion de la santé et du bien-être. Un projet ambitieux qui contribue au maintien d’une solution de soins de proximité sur un secteur en proie à la désertification médicale.

Un potentiel énorme

Aujourd’hui la réussite de lourd projet d’1,8M€ (majoritairement subventionné) est si franche que la municipalité se retrouve à devoir pousser les murs. « On a l’intention de créer une maison spécifique de la femme et de l’enfant, de concrétiser un projet de télémédecine et de dédoubler le centre de santé en superficie (fin d’année 2024), énumèrent les élus. Ce n’est plus un simple projet communal mais un pôle territorial. »

Aujourd’hui, la structure du centre de santé peut même se targuer d’être rentable (+6000€ lors de la dernière année). « Ce n’est pas le but premier mais c’est bien preuve que l’on gère correctement la structure telle une véritable entreprise », souligne le directeur des services de la mairie Clément Courties.

Preuve des résultats, 5000 patients sont des habitués des médecins généralistes du centre. 10 000 personnes sont au total sont inscrites dans la base de données de Dotcolib pour l’établissement foulayronnais. Une véritable réussite pour le centre qui attire une patientèle qui provient à 60% de l’extérieur de la ville. « On touche une partie d’Agen, on s’étend jusqu’à Laugnac, Madaillan, La Croix-Blanche et on descend jusqu’à Astaffort. En somme, un bassin de vie de 13 000 habitants. » De quoi enrichir la vie en centre-bourg de Foulayronnes, qui draine un plus large public en sa commune. Semblerait-il une relation donnant-donnant où tout le monde y gagne finalement.

Se tourner vers d’autres solutions

En somme, ces établissements de santé sont des solutions significatives pour l’exercice médical dans le département. Des solutions que la population s’approprie aisément. Mais au final, des moyens qui n’enlèvent pas totalement les problèmes les plus prégnants au sujet de la santé en 47. « En matière de démographie médicale, on est en dessous de la moyenne nationale avec 0,6 médecin pour 1000 habitants contre 0,9 à l’échelle nationale. » Pour cela, le Département a changé son fusil d’épaule. En novembre sera disponible une plate-forme d’aides à l’installation des médecins généralistes et des internes. « On comprend que les internes en médecine ont besoin d’accompagnement total pour les convaincre de venir et rester chez nous. On va les aider à trouver des logements, on va former de plus en plus de médecins qui vont être maîtres de stage, on va aller plus souvent vers les lycéens. Ce sont eux notre avenir », conclue Annie Messina-Ventadoux. Rappelons qu’ici, 1/3 des habitants ont plus de 60 ans. Localement, la pauvreté et le chômage ont aussi raison de l’attractivité médicale du département. Le serpent qui se mord la queue éternellement…

A la maison de santé de Donnefort, plus de médecin depuis le 27 mars

Ces établissements de santé ne sont pas exempts de tout reproche. Ils peuvent aussi connaître des difficultés comme à Agen où le docteur Mercier, qui officiait à la maison de santé de Donnefort et qui avait été à l’origine de son installation, a prit sa retraite depuis le 27 mars dernier, laissant le quartier orphelin de médecin. 6 professionnels de santé y sont installés en 2021, lors de son inauguration. Il y a actuellement huit professionnels sur un total de douze disponibles. Bientôt, ils ne seront plus que sept, comprenant deux infirmières, une diététicienne, deux psychologues (dont une spécialisée en enfance), un orthophoniste et un kinésithérapeute mais plus de médecin et pour l’instant, la venue d’un remplaçant semble n’être qu’un mirage dans un département où les médecins généralistes peinent à venir s’installer.

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