Huit ans plus tard, la plaie est toujours ouverte. Le mardi 28 avril, sur le giratoire qui porte désormais son nom, Guillaume Garrido s’est vu rendre un bel hommage par sa famille, ses proches, des collègues, des camarades de la CGT et quelques personnalités politiques*. Cette date n’a pas été choisie au hasard. Elle correspond à la Journée mondiale de la santé au travail. C’est justement au travail, en plein travaux sur la RN21, que le jeune homme a perdu la vie un jour d’août 2018. « Tu es parti travailler, pour ne plus revenir. À 9h, ce sale coup de téléphone, qui dit que tu es enseveli, écrasé par un muret, sous 16 tonnes de gravats. Je ne veux pas l’entendre. Je bous, je m’effondre », raconte sa maman Sylvie en s’adressant à lui. Si elle lui disait souvent de « faire attention sur la route », elle n’a « jamais pensé » à lui dire de faire de même sur le chantier. Celui-ci présentait toutefois quelques failles de sécurité à en croire certains échos. « Guillaume disait déjà depuis quelques jours qu’un problème pouvait arriver. Des procédés ont été changés sans prendre en compte le danger que cela pouvait représenter », confie un collègue. À cette douleur immense s’ajoute « une violence », caractérisée par « l’indifférence des employeurs » et « l’oubli de la justice comme des politiques », déplore Sylvie Lassort.
Pas d’avancée en justice
Qualifié d’homicide involontaire, le drame n’a pourtant avancé d’un pouce vers une résolution en justice. « Nous ne savons rien, personne ne nous tient au courant. On ne sait pas pourquoi ça bloque ni quand le dossier avancera enfin », constate la maman, qui est loin d’être la seule endeuillée. La fille de Guillaume, Maïwenn, avait 3 ans et demi. Dans une lettre, elle écrit : « Je ne savais pas que mon papa me ferait ce jour-là mon dernier bisou. Huit années si longues se sont passées, et pourtant je ne m’habitue pas. » Toutes et tous n’ont qu’un souhait : obtenir réponses et réparations. « Nous sommes les seuls à être condamnés à perpétuité. » La sculpture qui orne la stèle en hommage à Guillaume dépeint une balance où « l’argent et les profits pèsent plus que la vie d’un ouvrier parti vers les étoiles ».
Dans cette épreuve, la famille assure pouvoir compter sur le soutien indéfectible de la CGT et en particulier sa section Construction Bois Ameublement de Nouvelle-Aquitaine. « Ils ont été présents dès le premier jour et nous soutiennent toujours, par des pensées, des mots et par leur combat pour tous les morts au travail. » Car oui, malheureusement, Guillaume n’est pas le seul à avoir perdu la vie sur son lieu de travail. En 2024, pas moins de 764 personnes sont mortes en France dans le cadre d’un accident de travail.
* Le maire de Pujols Yvon Ventadoux et l’ancien candidat aux municipales villeneuvoises Stéphane Boukhari étaient présents et ont pris la parole. La famille regrette cependant amèrement l’absence de Guillaume Lepers ou de ses représentants.







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