Ce n’était pas le scénario le plus évident, mais c’est bien Agen qui a raflé la mise. Vendredi 24 avril, la société Flying Whales et le Syndicat mixte pour l’aérodrome départemental (Smad) ont officialisé un partenariat majeur sur le si précieux aéroport basé à Estillac, à savoir l’implantation de la première école au monde dédiée aux métiers du dirigeable. « Agen était clairement le challenger au départ », reconnaît Tanguy Lestienne, directeur général de Flying Whales Services. Longtemps, Royan et Biscarrosse tenaient la corde, avant que le site de l’agglomération agenaise ne s’impose, notamment grâce à ses infrastructures existantes.
« Nous avons trouvé ici un environnement déjà structuré, avec un hangar adaptable et des conditions de vol sécurisées », souligne-t-il. Un argument de poids dans un projet où les contraintes techniques sont importantes. L’appareil de formation, déjà imposant, mesure 40 mètres de long pour 13 mètres de haut. À terme, les futurs dirigeables atteindront même 200 mètres… « En matière d’aéronautique, il n’y a actuellement pas plus ambitieux en France », pointe du doigt le dirigeant.
Des métiers à inventer
Au-delà du symbole, l’enjeu est concret : former les compétences de demain. Pilotes, techniciens, opérateurs… toute une filière encore émergente va devoir se structurer en Lot-et-Garonne. « On parle de métiers qui n’existent pas encore vraiment », insiste Tanguy Lestienne. « Il faut construire des savoir-faire nouveaux pour accompagner le développement de notre activité. » La première promotion est attendue dès la fin de l’année, avec 16 places, puis une montée en puissance progressive.

Un projet industriel d’envergure
Derrière cette école, c’est tout un programme industriel qui se dessine. Flying Whales développe actuellement un dirigeable géant (LCA60T), capable de transporter jusqu’à 60 tonnes de marchandises sur 1 000 kilomètres, sans infrastructure au sol. « C’est une véritable grue volante », résume Tanguy Lestienne. « On est sur une solution qui répond à des besoins très concrets. Sa capacité de chargement et de déchargement en vol stationnaire doit permettre de s’affranchir des contraintes terrestres et d’apporter des solutions logistiques à faible empreinte environnementale, en France comme à l’international. » L’entreprise revendique déjà plusieurs dizaines d’accords commerciaux et ambitionne de révolutionner le transport de charges lourdes, dans une logique de décarbonation. Le projet est également soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, qui y voit un pari stratégique. « L’innovation peut naître ici, sur des territoires à taille humaine », Un engagement qui s’inscrit dans la durée, avec des investissements conséquents.
Les acteurs du projet ne cachent pas leur ambition. « Ce partenariat est pensé pour durer », assurent-ils, visant déjà les prochaines décennies. Dans le ciel agenais, il faudra encore patienter avant de voir évoluer ces géants des airs. Mais au sol, une première étape vient d’être franchie.
Un levier pour relancer La Garenne //
Cette implantation intervient dans un contexte plus fragile pour l’aéroport d’Agen-La Garenne, dont le trafic a fortement chuté depuis la crise sanitaire, avec une baisse de plus de 60 %. L’arrivée de Flying Whales apparaît donc comme une opportunité de diversification. « Si nous pouvons à la fois développer notre projet et contribuer à redynamiser un aérodrome local, c’est une situation idéale », résume Tanguy Lestienne. Au-delà de l’activité aérienne, c’est tout un écosystème qui pourrait bénéficier de cette dynamique : formation, hébergement, services… autant de retombées attendues pour le territoire.
Flying Whales accélère son décollage industriel //
Fondée en 2012, Flying Whales entre dans une phase décisive de son développement. Le projet industriel a franchi un cap important avec l’obtention, en janvier 2026, du permis de construire de son usine à Laruscade (Gironde). Le site, qui s’étendra sur près de 50 hectares verra le lancement du chantier à l’automne 2026, pour une mise en service envisagée entre fin 2027 et début 2028, sous réserve des recours juridiques en cours sur le plan environnemental.
En parallèle, Flying Whales, qui compte aujourd’hui environ 300 salariés, prépare activement son modèle économique, fondé non pas sur la vente d’appareils mais sur des prestations logistiques. L’entreprise revendique déjà 90 accords pré-commerciaux à travers le monde, dont certains représentent plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires potentiel. À horizon dix ans, elle vise l’exploitation d’environ 160 dirigeables, sur un marché estimé à 800 unités.







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